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Bulletin ITEKA N° 82 Février 2006

DEFIS DE L’HEURE

Famine dans les provinces de Kirundo, Muyinga et Ruyigi

Une équipe de la Ligue ITEKA s’est rendue dans les provinces de Kirundo, Muyinga et Ruyigi vers la fin du mois de janvier 2006 pour s’enquérir de la situation qui y prévaut. Les témoignages recueillis sur place sont éloquents. La situation de famine est grave.

En se rendant à Kirundo, on s’est arrêté au marché de Gasura en commune de Vumbi. Ce marché, naguère un centre d’approvisionnement pour la plupart de gens de Kirundo ou des passants, est aujourd’hui presque vide de marchandises mais rempli de gens seulement qui ne vendent ni n’achètent. Bref, tout le monde veut s’approvisionner mais rien n’est vendu.

Les quelques vingtaines de kilos de haricots, de sorgho quelques produits maraîchers, quelques régimes de bananes étalés étaient tellement chers que les marchands sur la place ne pouvaient les aborder. En effet, les prix des produits vivriers sont passés du simple au triple. A titre d’exemple, 1 kg de haricot qui coûtait 180 F avant la famine, coûte aujourd’hui entre 400 et 500 F et bientôt il se vendra à plus de 600 F.

La population de Vumbi nous a appris que ces denrées provenaient des communes avoisinantes pour dire que rien n’est cultivé actuellement dans cette zone. On nous a fait savoir que le manioc, la patate douce et la pomme de terre qui font partie de l’alimentation de base n’existent plus.

La situation la plus alarmante s’observe au Centre Thérapeutique Nutritionnel de Kirundo. Ce centre accueille des enfants, des adultes qui viennent des centres de santé des différentes communes de la province. C’est une situation indescriptible car on ne peut pas distinguer un bébé de 6 mois à 2 ans, d’un adolescent de 10 à 17 ans ou d’un adulte de 18 à 50 ans. Les apparences physiques sont presque les mêmes.

Selon l’assistant nutritionniste, M. Ildephonse NDIBANJE, ce centre a accueilli depuis le 01 janvier 2006, 88 cas qui souffrent d’une malnutrition aiguë dont 4 bénéficiaires par jour en moyenne. Il faut noter que ces chiffres sont limitatifs car les demandeurs sont tellement nombreux que la capacité du centre ne peut en contenir.

Les autres cas relativement moins graves sont traités dans les différents centres de santé éparpillés dans cette province. Ces derniers sont très nombreux. Les bénéficiaires du centre sont nourris pendant 1 ou 2 mois et retournent chez eux pour laisser la place aux autres.

Malheureusement, ces gens retournent aux centres très vite car de retour dans leurs ménages, ils ne trouvent rien à manger. Selon toujours M. Ndibanje, les principales causes de cette malnutrition sont la famine, la pauvreté, la polygamie, l’ignorance et la mentalité traditionnelle qui empêche la population d’aller se faire soigner à temps.

Les communes les plus touchées dans cette province sont Bugabira et Busoni. Dans ces communes, la situation est identique. Les gens n’ont rien récolté, c’est la famine qui sévit, les gens commencent à fuir massivement le pays vers le Rwanda et la Tanzanie, les uns vendent leurs biens tels que les tôles, les vélos, les lopins de terre, les élèves abandonnent l’école, les gens souffrent de plusieurs maladies, il y a des morts, bref la population est en désarroi total.

L’Administrateur de la commune Bugabira nous a fait savoir que le PAM et la Francophonie sont déjà intervenus mais que seulement 11000 ménages sur 19000 ont bénéficié de cette aide. Il signale également que la quantité fournie est insignifiante surtout pour des familles nombreuses, 20 kg pour une famille de 5 personnes et cela pour 2 semaines. Les collines les plus touchées sont Gitwe, Nyamabuye et Kigoma. Les récents rapports indiquent que plus de 150 ménages ont déjà fuit vers les pays limitrophes. Il est également signalé plus d’une dizaine de morts en zone Kinyonza.

Le gouverneur de la province nous a confirmé que les communes de Bugabira et Busoni sont très touchées par la famine. Mais également, celle-ci commence à se déclarer dans les communes de Ntega, Gitobe et Vumbi.

Dans la province de Muyinga, la situation ne se distingue point de celle de Kirundo. Dans la zone de Cumba, commune Muyinga, il n’a pas plu depuis le mois d’octobre 2005. Quand nous sommes passés par le marché de cette zone, celui-ci était presque vide. Il y avait pourtant beaucoup de monde qui ne faisait rien. Les quelques denrées alimentaires qui s’y trouvaient : sorgho, haricot, produit maraîchers en quantité insignifiante, coûtaient très chères. Les gens rencontrés sur place nous ont raconté que des personnes meurent chaque jour. Les uns meurent dans les brousses où ils vont chercher des fruits naturels, les autres meurent dans leurs maisons. Les collines de Bwica et de Masenga ont déjà enregistré plus de 7 morts selon les marchands.

Quant au chef de zone de Cumba, il fait savoir que 118 ménages ont déjà fui et 42 personnes sont déjà mortes. Les élèves ne vont plus à l’école, la population souffre de plusieurs maladies. Lui-même soufrait de la malaria, disait-il. Jusqu’au jour de notre visite, aucune action humanitaire n’était encore intervenue malgré l’effort fourni par les autorités communales.

Nous avons continué notre mission jusqu’en commune de Buhinyuza, zone Jarama. Au marché de Kara, nous avons observé la même situation. Le peu de produits vivriers étalés sans trouver de clients étaient chers car ils proviennent des communes de la province de Karusi. zone. Les conséquences de cette situation restent les mêmes qu’aux autres endroits visités : abandons scolaires, fuites vers la Tanzanie, ventes des biens contre nourriture. Selon cette population, les autorités locales se donnent corps et âme pour alerter les bienfaiteurs mais l’arrivée des aides se fait toujours attendre. La même histoire se répète au marché de Muramba de la même commune.

Après la province de Muyinga, nous nous sommes rendus dans la province de Ruyigi. Au cours de notre chemin, nous nous sommes arrêtés au chef lieu de la province de Cankuzo. Le paysage verdoyant donne l’impression que la récolte est abondante. Nous avons été malheureusement informés que dans les communes frontalières avec la Tanzanie à savoir Mishiha, Gisagara et Cendajuru, les gens meurent de faim et les autres fuient vers la Tanzanie. Selon un cadre de la DPEA(direction provinciale de l’agriculture et de l’élevage), 1 kg de haricot coûte plus cher qu’à Bujumbura (plus de 500 F) ; raison pour laquelle la plupart des fonctionnaires de Cankuzo s’approvisionnent à Bujumbura.

Dans la province de Ruyigi, nous avons trouvé au marché de Nyabitare, commune Gisuru, la même scène que celle observée à Muyinga. Selon le chef de colline Nyabitare, les conséquences de cette situation sont les mêmes que celles rencontrées précédemment : abandons scolaires, fuites vers la Tanzanie, ventes des biens matériels, des morts, etc.

Selon le gouverneur de la province Ruyigi, plus de 2500 personnes sont déjà exilées en Tanzanie. La plupart partent des communes Nyabitsinda, Kinyinya et Gisuru, celles-ci étant les plus touchées. Il nous a affirmé qu’il a déjà mené des contacts auprès du PAM. Celui-ci est déjà intervenu mais avec des quantités insuffisantes. Le PAM lui a déjà déclaré qu’il est débordé suite à un grand nombre de gens qu’il faut nourrir.

Pour essayer de remédier à cette situation, le Gouverneur compte approcher des organismes et ONGs pour l’aménagement des marais. La FAO et SOPRAD ont déjà accepté de distribuer des semences pour la saison culturale B dès que les pluies tombent.

En conclusion, nous avons retenu que la famine qui sévit dans les provinces de Kirundo, Muyinga et Ruyigi, qui est aussi signalé à Cankuzo, est causée par le manque de pluie et cette famine est réelle. Les cultures de la 1ère saison culturale ont péri dans les champs, brûlées par le soleil. Il en résulte que les populations de ces provinces commencent à fuir massivement le pays vers les pays limitrophes. Ils vendent le peu de biens matériels dont ils disposent contre nourriture, les élèves abandonnent l’école, plusieurs maladies s’attaquent aux gens et les morts s’en suivent.

De Bugabira à Nyabitare, les gens mangent les mangues mais celles-ci sont déjà épuisées. Même ceux qui résistent encore seront obligés de fuir si rien n’est fait de la part des bienfaiteurs.

Situation des droits de l’homme

Les nouvelles de la rubrique « situation des droits de l’homme » sont produites grâce à l’aide financière de l’Union Européenne. Leur contenu relève de la seule responsabilité de la Ligue ITEKA et ne peut être considéré comme reflétant la position de l’Union Européenne

Journée de réflexion sur l’impact des conflits fonciers sur la sécurité alimentaire et les droits de l’homme

L’office du Haut Commissaire aux Droits de l’Homme au Burundi, la division des droits de l’homme à l’ONUB en collaboration avec le PNUD, le gouvernement et la concertation des associations oeuvrant dans le domaine des droits de l’homme ont organisé le 2 février 2006 une journée de réflexion sur l’impact des conflits fonciers sur la sécurité alimentaire et les droits de l’homme.

Selon la représentante Spéciale du secrétaire général des Nations Unies au Burundi, Mme Carolyn Mc Askie, les conflits fonciers au Burundi ont des conséquences graves sur la sécurité alimentaire et sur les droits humains.

Les conflits fonciers et l’insécurité alimentaire constituent également une menace non négligeable à la consolidation de la paix et de la réconciliation engagée par le gouvernement. Elle a souligné, que parmi les droits fondamentaux de la personne humaine figure le droit à l’alimentation et à la propriété. La réalité quotidienne fait état d’exemples de violation de ces droits y compris de nombreux cas d’expropriations illégales ou ceux des personnes qui attendent de rentrer dans leur droit de propriété.

Pour Mme Mc Askie, il faut sensibiliser les acteurs des droits humains et du développement à conjuguer leurs efforts en vue de mieux appuyer le gouvernement dans la mise en œuvre de son programme. Il s’agit notamment de l’encouragement du retour des réfugiés et leur réinsertion, de la mise en place des mécanismes de sécurité alimentaire et du renforcement des capacités de l’appareil judicaire.

La ministre burundaise de la solidarité nationale, des droits de la personne humaine et du genre, Mme Françoise Ngendahayo a indiqué de son côté que le droit à la propriété est constitutionnel, consacré par l’article 36 de la constitution qui stipule que" toute personne a droit à la propriété ».

Cependant, la question de la terre au Burundi soulève un certain nombre d’inquiétudes liées à la vie sociale et économique, notamment la problématique du statut juridique des paysannats, la distribution des terres domaniales et la question des successions, a précisé la ministre Ngendahayo. Elle a en outre noté que des fois le droit à la propriété n’est pas respecté. Elle a cité les exemples de la fille, de la femme et des personnes de la communauté batwa. D/NF

L’ancien administrateur de la commune Gashikanwa, présumé coupable d’un assassinat arrêté par le parquet de Ngozi.

Dans l’ après midi du 3 Février 2006 vers 14h, Ntaneza Jean Berchmans, ancien administrateur de la commune Gashikanwa, en province Ngozi, a été arrêté par le parquet de Ngozi. Il est accusé d’avoir commandité dans la nuit du 31 Décembre 2005 vers minuit l’assassinat de Sasita Denis, préfet du Lycée communal de Gashikanwa en province de Ngozi.

Deux autres personnes soupçonnées d’être complices, Minani Sylvestre et Ciza Donatien, tous cultivateurs de la colline Nini ont été arrêtés par le parquet de Ngozi. D’autres personnes, soupçonnées d’être de mèche avec ces présumés criminels sont recherchées par la police.

Arrestations de personnes soupçonnées de collaborer avec le Fnl en commune Rugombo.

Huit personnes de la localité MparamboII, secteur Mparambo, zone et commune Rugombo en province de Cibitoke ont été arrêtées par des militaires de la position de la même localité dans la nuit du 5 au 6 Février 2006.

Il s’agit de Manirambona Christophe, Nimubona Barnabé, Ndayishimiye, Bukuru Désiré, Musengimana Israël, Paul, Kubwayo Samuel et Misago Pascal Ils ont été détenus sur cette même position où ils ont subi un interrogatoire. Ils sont soupçonnés de collaborer avec le Palipehutu-Fnl.

Signalons qu’au cours de la période du 16 Janvier au 5 Février 2006, 20 personnes de la zone Rugombo ont été arrêtées pour les mêmes accusations. Douze d’ entre elles été transférées à la brigade de Cibitoke tandis que les 8 autres ont transité par la position militaire de Mparambo II.

Un professeur du collège communal de Gashikanwa accusé de viol

Dans la matinée de jeudi le 16 Février 2006, Muntu Jérôme, professeur au Collège Communal de Gashikanwa en province de Ngozi a été arrêté par le parquet de Ngozi pour avoir violé 4 de ses élèves au cours de l’année scolaire 2004-2005.

Suite à ces accusations, ledit professeur a été révoqué par le Ministère de l’Education Nationale et de la Culture.

Signalons que Jérôme Muntu, est le vice- président du conseil communal de Ruhororo dans la même province. D/ M.I

Un fils tue sa mère pour une histoire de propriété foncière à Cankuzo

Un homme nommé Rurasotoye Xavier, de la colline Kabuga en commune et province Cankuzo a commandité le meurtre de sa mère, Suzanne, pour une simple histoire de conflit foncier. Pour commettre ce crime, il a fait appel à deux autres criminels, Minani et Sarugwe de la colline Rurengera de la même commune. La victime a été assassinée vendredi le 17 Février 2006.

Le commanditaire de ce crime avait vendu progressivement ses terres que ses parents lui avaient données. Il ne restait qu’un petit lopin de terre que sa mère exploitait. Le mobile de ce crime serait de récupérer ce petit morceau de terre de sa mère comme les premiers éléments de l’enquête l’indiquaient.

Après ce crime, les présumés criminels ont ensuite pillé tout ce qui se trouvait dans sa maison. La police a finalement récupéré les biens volés. Le commanditaire et ses deux complices ont été transférés à la police du parquet de Cankuzo.

Sit in des travailleurs du COTEBU en chômage technique

Le complexe textile de Bujumbura (COTEBU) a mis en chômage technique 1700 travailleurs depuis le 23 décembre 2005. L’Entreprise avait l’habitude de suspendre momentanément certaines activités mais continuait à prendre en charge l’indemnité de logement des travailleurs.

Aujourd’hui, ceux-ci ne reçoivent pas l’indemnité de logement depuis bientôt deux mois.

Ils sont en situation de détresse et ne savent plus à quel saint se vouer. Ainsi, ils se sont réveillés nombreux très tôt le matin du 13 Février 2005 et se sont retrouvés en sit in devant l’infrastructure du COTEBU. Ils réclamaient le payement de leur indemnité de logement. Lors d’une réunion que le Directeur général a tenue avec eux, il leur a promis de répondre à leur doléance.

Les représentants du syndicat des travailleurs du COTEBU sont restés néanmoins sceptiques. Ils n’espèrent rien obtenir de leur entreprise en grave difficulté financière.

Le vice-président du syndicat M. Horumpende Raphaël estime que l’Entreprise a suffisamment mal gérée pour n’être pas à mesure de satisfaire aux besoins de ses travailleurs en chômage technique.

Précisons que seulement 100 travailleurs sont restés au service. Il y a parmi eux les chefs d’atelier, les ingénieurs, les agents de l’administration, les veilleurs , etc. Seuls les services de comptabilité et d’inventaire du matériel sont fonctionnels au COTEBU.

D’après le vice-président du syndicat du COTEBU, la 2ème Vice-Présidente du Burundi, Mme Alice Nzomukunda, a indiqué que les activités réelles du COTEBU reprendront en Août 2006. Entre temps, les travailleurs en chômage technique attendent désespérément que l’entreprise prenne en charge leurs indemnités familiales et de logement

Un officier de police judiciaire corrompu relâche un présumé violeur en commune Muhanga

Un présumé violeur nommé Harerimana Paul, de la commune Muhanga, province Kayanza, qui était emprisonné pour avoir violé une enfant de 10 ans de la colline Ngoma en commune Muhanga a été relâché par un Officier de la police judiciaire de Kayanza nommé Badandaza. Celui-ci avait empoché un pot de vin de 200.000 FBu.

Le présumé violeur serait descendu à Bujumbura où il serait en refuge. Suite à ce dossier, le procureur de la République en province de Kayanza a convoqué une réunion des Officiers de Police Judiciaire Jeudi le 23 février 2006 pour échanger sur des cas de libérations et d’évasions injustifiés.

L’auteur de cette infraction aurait par après été muté à Bujumbura.

Deux élèves renvoyées du lycée Busiga pour des raisons religieuses

La sœur Directrice du lycée de Busiga,commune Busiga, province Ngozi , Soeur Sananiye Marie Thérèse, a renvoyé de l’école deux élèves, les accusant d’avoir changer de religion, passant du catholicisme au protestantisme.

Ces deux victimes, Yaminzigama Claudine et Ntunzwenimana Souavis, toutes du cycle supérieur dudit lycée, ont été renvoyées de l’ école respectivement le 12 janvier 2006 et le 11 février 2006.

Le gouvernement obtient une promesse de 170 millions de dollars pour son programme d’urgence

Le gouvernement du Burundi a obtenu, lors de la conférence des bailleurs de fonds tenue à Bujumbura le 28 février 2006, la totalité du montant requis pour son programme d’urgence 2006.

Sur 168.215.650 dollars américains demandés, les pays et organismes présents à cette conférence ont promis de donner 170 millions de dollars dont un montant de 85 millions accordé comme des ressources nouvelles. Une autre partie des annonces est constituée par une ré-allocation des budgets des programmes en cours.

Les ressources requises dans le cadre de ce programme d’urgence seront utilisées dans cinq secteurs. Il s’agit de l’assistance aux populations victimes de la sécheresse et la famine ; de la réhabilitation, de l’édification et l’équipement d’infrastructures scolaires ainsi que dans l’amélioration de l’accès aux soins de santé de base.

Il y a aussi le secteur de la réinsertion et de la réhabilitation des rapatriés, des déplacés, des orphelins, des démobilisés et des prisonniers politiques en cours de libération. Les ressources serviront en outre dans le secteur de la bonne gouvernance et le renforcement de l’Etat de droit, l’appui au budget et à la balance des paiements.

Concernant le programme d’urgence 2006, la Belgique s’est engagée à donner 24,3 millions d’euros dont 1,8 millions pour l’aide alimentaire via le PAM ; 1,5 millions d’euros pour le secteur agricole via la FAO ; 3 millions d’appui aux réfugiés et déplacés intérieurs via le HCR et des ONGs.

Quelque 6 millions d’euros seront offerts pour la financement du Projet d’appui à la réinsertion socio-économique des sinistrés de la province de Ruyigi et 6 millions d’euros sont mentionnés dans le cadre de la coopération structurelle en 2006, notamment pour la relance de la production agricole dans la province Kirundo.

Signalons que la Belgique venait d’accorder une enveloppe de 15 millions d’euros ( environ 18 milliards de francs bu) annoncés par le Ministre de la coopération belge, M.Armand de Decker lors de sa visite au Burundi en novembre dernier. Ces 15 millions d’euros sont affectés aux secteurs de l’éducation , du pavage et du forage des puits.

Le Fonds International de Développement Agricole (FIDA) note quant à lui que le total de son assistance au Burundi s’élève à 68 millions de dollars pour la période 2006-2011. Les Pays-Bas ont promis de contribuer pour environ 27 millions d’euros pour l’année 2006 dans les secteurs de la sécurité, de l’aide alimentaire, du développement du secteur financier, inclus le micro-crédit, l’enseignement et pour d’autres frais courants du Gouvernement.

Le gouvernement a présenté ce plan d’urgence 2006 en attendant la finalisation du document du cadre stratégique de relance et de lutte contre la pauvreté complet ( CSLP complet) qui s’étendra sur trois ans et qui sera présenté aux institutions de Bretton Woods pour approbation au mois de Juin 2006.

Pour la mobilisation des ressources nécessaires à sa réalisation, le Gouvernement compte organiser une table ronde des partenaires au développement en Septembre 2006. D/NF

Des policiers blessent un étudiant de l’Université du Burundi en commune urbaine de Rohero

En date du 26 Février 2006, vers 7 heures du matin au quartier Vugizo de la commune urbaine de Rohero, les policiers de la position du Monument de l’unité nationale ont battu et blessé grièvement un étudiant de l’Université du Burundi, le nommé Ndikuriyo Evariste. La victime étudie à l’Institut Technique Supérieur situé au campus Kiriri.

Evariste Ndikuriyo s’était réveillé tôt le matin en direction du centre ville. Arrivé au niveau du monument, il a été intercepté par un groupe de policiers qui l’ont arrêté et torturé malgré l’exhibition de toutes ses pièces d’identité, l’accusant d’être un rebelle du Palipehutu Fnl .

Ils l’ont sommé de leur montrer les caches des rebelles du Palipehutu Fnl. La victime a été conduite jusque dans la localité de Rweza en commune rurale de Kanyosha. La victime et trois autres personnes arrêtées ont servi de bouclier humain pour chasser les rebelles dans des maisons suspectes. Ces derniers croyaient qu’il y avait des rebelles de ce mouvement dans ces maisons. Heureusement, les personnes retrouvées dans ces maisons étaient des civils sans aucune relation avec la rébellion du Palipehutu-Fnl.

Par la suite, ses compagnons de classe sont descendus en masse et ont failli en venir aux mains avec lesdits policiers. L’administrateur communal est vite arrivé sur les lieux et a promis aux étudiants d’identifier et de réprimer les auteurs du forfait. NK.E.

Deux militaires congolais détenus au commissariat de Kayanza

Deux combattants congolais du colonel Mutebutsi Jules sont détenus au commissariat de police de Kayanza en province Kayanza depuis le 6 Février 2006.

Il s’agit du lieutenant Mbala Blaise et son escorte Mubanga Claude, 2ème classe. Ces deux combattants ont été arrêtés en commune de Kabarore, province Kayanza, en provenance de la province de Cibitoke et se rendaient en commune de Kayanza, où ils espéraient rencontrer les gens de l’ ONUB pour leur demander s’ils pourraient les aider à regagner le Congo.

Le commissariat de Kayanza a contacté le colonel Mutebutsi en exil au Rwanda pour l’ informer de la présence de ces deux combattants à Kayanza. Les services de renseignement rwandais ont dépêché des agents pour leur demander de rejoindre Mutebutsi, mais les deux combattants ont refusé, indiquant qu’ils veulent regagner le Congo.

Les deux combattants disent qu’ils étaient avec d’autres compagnons qui étaient hospitalisés à l’ Hôpital Roi Khaled mais qui ont déjà regagné le Congo.

Des démobilisés de Gitega assiègent le bureau provincial de la Démobilisation, Désarmement, Réinsertion et Réintégration

Un groupe de 25 démobilisés de la province de Gitega ont assiégé du 27 février 2006 jusqu’ au matin du 28 février 2006, le bureau provincial de la Commission nationale de Désarmement, Démobilisation et Réinsertion de Gitega pour manifester leur colère suite au retard dans la mise en application de la politique d’appui à la réintégration que le gouvernent leur a promis.

Au cours de ce sit in, ces ex combattants ont été très violents. Ils ont pris en otage deux personnes qui se trouvaient dans le bureau. Il s’agit de Tsembako Gilbert, assistant au bureau provincial de la DDR et Dominique, le chargé du projet à l’Organisation pour le Développement de l’ Archidiocèse de Gitega, (ODAG) . Ils y ont passé toute la journée et la nuit de lundi pour être libérés mardi matin.

De plus, ils ont défoncé les portes et ont cassé des armoires, dispersant tout ce qui s’ y trouvait. Ils ont aussi coupé les téléphones et fax. Pire encore, ils ont arraché les installations électriques et se sont servi de ces mêmes câbles pour électriser les deux portes métalliques donnant à l’extérieur afin d’ empêcher toute intervention de la police.

Signalons que la police était sur place depuis le début du sit in à 10 heures, mais n’a utilisé la force que le lendemain matin pour libérer les otages et mettre les choses en ordre. Vingt-quatre des 25 manifestants ont été arrêtés et se trouvent pour le moment à la police. Signalons que Dominique, chargé de ce programme à ODAG, était venu au bureau de la DDR pour arrêter le calendrier de la distribution des fonds aux démobilisés.

ACTIVITES DE LA LIGUE ITEKA

La ligue Iteka organise un focus group avec des démobilisés

La Ligue Iteka avec l’ appui financier de ses partenaires, le Programme des Nations Unies pour le Développement, PNUD et l’ appui technique d’ une ONG suisse, Small Arms Survey, a organisé au Cercle Nautique de Bujumbura, une rencontre d’échange de deux jours, du 1er au 2 février 2006, à l’intention des anciens combattants, à travers leur association, le CEDAC, pour échanger sur la prolifération et le trafic des armes légère et de petit calibre au Burundi et les perspectives pour leur récupération.

Cette rencontre entre dans le cadre de la réalisation d’une étude sur le circuit et la prolifération des armes légères et de petit calibre au Burundi qui est en cours de finalisation par la Ligue ITEKA avec les partenaires mentionnés plus haut.

Tous les mouvements armés et les ex militaires de la FAB étaient représentés à concurrence d’un démobilisé par mouvement. D/M.I.

Célébration du 15ème anniversaire de la Ligue ITEKA

La Ligue ITEKA a célébré dimanche 12 février 2006 le 15ème anniversaire de son existence légale. L’événement devait se dérouler le 6 février 2006, et a été reporté pour des raisons pratiques.

Les activités ont débuté par une marche des membres de la Ligue à travers les rues de Bujumbura et se sont terminées au Musée Vivant de Bujumbura où un mot de circonstance a été prononcé par le président de la Ligue ITEKA.

Il a rappelé les grandes réalisations de la Ligue, et a brossé le tableau des défis qui attendent l’association au cours des prochaines années. D/JPK

Session de formation des magistrats et OPJ en prise en charge intégrée des victimes des violences sexuelles

La Ligue Iteka a organisé la deuxième session de formation des magistrats et des Officiers de Police Judiciaire dans les enceintes du Centre Alamanda en Mairie de Bujumbura du 14 au 17 Février 2006.

Cette formation concernait les magistrats et les Officiers de Police Judiciaire des provinces Cankuzo, Ruyigi, Gitega, Bujumbura rural et Bujumbura Mairie.

En organisant cette série de sessions de formation, la Ligue Iteka espère contribuer à l’édification du fléau des violences sexuelles au Burundi. En effet, celles-ci constituent un problème de santé publique qui nécessite par conséquent l’implication et l’engagement de tout le monde.

Les magistrats et les OPJ ont été ciblés parce qu’ils ont la latitude et le pouvoir de réprimer les auteurs des violences sexuelles. Ainsi, le séminaire leur a permis d’apprécier le dommage subi et d’être sensible aux calvaires qu’ endurent les victimes de violences sexuelles.

A l’issue des échanges sur les différents thèmes en rapport avec la prise en charge psychosociale, médicale et juridique, les participants ont dégagé des propositions substantielles pour un meilleur suivi des victimes des violences sexuelles.

Précisons que la première formation concernait les Magistrats et les OPJ des provinces Cibitoke, Bubanza, Kayanza, Mwaro, Rutana, Bujumbura rural et la Mairie de Bujumbura. Et chaque province est chaque fois représentée par deux OPJ, deux magistrats du parquet et deux juges.

Les deux provinces de Bujumbura rural et de la Mairie ont été encore une fois ciblées parce qu’elles constituent des zones à haut risque en plus qu’elles disposent des effectifs plus importants des magistrats et des OPJ par rapport à d’autres provinces de l’intérieur du pays. NK.E

Nimubona Alexandre, réelu à la présidence de la section Gatumba de la Ligue Iteka

C’est au cours de la journée du samedi 25 février 2006 que des élections ont été organisées dans la section Gatumba de la Ligue ITEKA. 28 membres de la section avaient répondu au rendez-vous et une commission électorale, composée de trois membres était à l’œuvre pour bien organiser le scrutin.

La Ligue Iteka avait mandaté un membre du Comité Exécutif, M. Jean-Marie Vianney Kavumbagu, pour observer le déroulement de ces élections.

Le candidat Alexandre Nimubona, qui était président de la section, a été réélu avec un score confortable de 27 voix sur 28. Il a aussitôt soumis son comité à l’approbation de l’Assemblée générale de la section et 22 participants ont approuvé le comité dont les membres sont Ndaruzaniye Sadick (Chef de Section Adjoint) ; Sébakungu Méchac (Secrétaire de Section) et Habimana Joël (Trésorier).

Il est à rappeler que la section de Gatumba a évolué dans un contexte sécuritaire difficile d’affrontement entre l’armée gouvernementale et les rebelles pendant les moments forts de la guerre. Actuellement, la localité fait toujours face au banditisme à main armée et particulièrement dans le secteur Gaharawe.

JMV Kavumbagu

La Ligue Iteka organise un atelier de réflexion sur la torture dans les provinces de Bururi et Makamba

Dans le cadre du projet « Victims of Torture » la Ligue Burundaise des Droits de l’Homme « Iteka » a organisé du 23 au 24 février 2006 au chef lieu de la province Bururi, un séminaire atelier de réflexion et de sensibilisation sur la lutte contre la torture au Burundi.

Etaient conviés à cet atelier les officiers de la Police de Sécurité Intérieure et de la Police judiciaire de toutes les communes de la province de Bururi, les Officiers de la Police Judiciaire oeuvrant dans les communes de la province Makamba ainsi que quelques magistrats des parquets et des tribunaux de Grande Instance de Bururi et de Makamba, les présidents et les procureurs de deux tribunaux et parquets.

Au cours de ces deux jours d’échanges, les participants ont constaté que la torture est une réalité au Burundi et une série de recommandations ont été formulées dans le sens de lutter contre ce fléau. D/ N.B.

OPINION

A quand la reconnaissance officielle et la promotion de la médecine traditionnelle ? Par Vital Nshimirimana

1 Problématique d’accès aux soins de santé

Dans la vie de tout être humain, rien ne compte plus que sa santé .Santé physique et santé mentale , voilà le moteur qui enclenche la réalisation d’une multitudes d’objectifs que l’homme s’assigne chaque jour .

Parmi les droits les plus élémentaires de l’homme que la personne humaine considère comme les plus inaliénables figure le droit à la santé , une condition sine qua none de la réalisation du droit à la vie car en effet , il n’y a pas de vie sans bonne santé.

Les instruments juridiques nationaux et internationaux ont pris le soin d’intégrer le droit à la santé parmi les droits fondamentaux de la personne humaine. Ainsi, l’article 25 de la déclaration universelle des droits de l’homme précise que toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé , les soins médicaux et la sécurité en cas de maladie .

Le pacte international relatif aux droits économiques , sociaux et culturels adopté par l’assemblée générale des Nations Unies dans la résolution 220(XXI) du 16 décembre 1966 dans son article 12.d indique que les Etats parties au pacte reconnaissent le droit qu’a toute personne de jouir du meilleur état de santé physique et mental qu’elle soit capable d’atteindre.

Les mesures que les Etats parties au pacte prendront en vue d’assurer le plein exercice de ce droit devront comprendre les mesures nécessaires pour assurer notamment la création des conditions propres à assurer à tous des services médicaux et une aide en cas de maladie. Outre que la constitution du Burundi intègre ces instruments juridiques susmentionnés , elle précise en son article 55 que toute personne a le droit d’accéder aux soins de santé.

Actuellement , le problème d’accès aux soins de santé se pose avec acuité d’autant plus que le nombre des demandeurs des services médicaux s’accroît dans des conditions disproportionnées par rapport à la disponibilité des médecins et l’accessibilité aux dispensaires , centres de santé et hôpitaux souvent trop distants et peu nombreux.

Dans bien des cas , des centaines de personnes n’accèdent pas aux consultations médicales par manque de moyens ou par crainte d’une longue file de patients qui se rangent désespérément devant la porte du médecin et préfèrent procéder par l’automédication , une pratique dangereuse.

Parallèlement à la médecine moderne , il existe la médecine traditionnelle , certes peu développée mais qui reste le recours ultime d’une grande majorité de la population .Le Professeur Déo Douglas Niyonzima , Doyen de la Faculté des Sciences à l’Université du Burundi nous a indiqué que 80% de la population nationale recoure à la médecine traditionnelle. Curieusement , rien n’est encore fait dans le sens de la promotion de cette pratique, moins encore de sa reconnaissance officielle.

2.La médecine traditionnelle reste l’enfant pauvre de la médecine du 21è siècle même au Burundi !

Personne ne dénie l’importance et l’efficacité de la médecine traditionnelle dans notre pays car bien des fois, elle s’est avérée aussi efficace que la médecine moderne ou a réussi là où la médecine moderne avait échoué.

Si à Bujumbura( où il existe beaucoup d’infrastructures sanitaires de la médecine moderne ), il se développe les pratiques de la médecine traditionnelle, cela suppose que la médecine traditionnelle est plus développée à l’intérieur du pays.

M.Jean Claude Nijimbere, expert national en mobilisation des réseaux communautaires et associatifs nous a indiqué qu’une étude sur la médecine traditionnelle dirigée par le programme Appui à l’ Intensification de la Lutte contre le Sida (APPU.I-P.LU.S) en juin 2004 dans les provinces de Gitega , Bujumbura- Mairie, Ruyigi et Muyinga a montré qu’il y a au moins 1740 guérisseurs traditionnels reconnus par la communauté , ce qui suppose qu’il n’y a pas de colline qui n’en compte une dizaine alors qu’il y a seulement 2 ou 3 centres de santé par commune. Paradoxalement , il n’y a pas un seul centre de santé de la médecine traditionnelle reconnu et soutenu par l’Etat .

3. Les services de la médecine traditionnelle sont nombreux et variés .

Il se développe dans divers coins de la capitale des pratiques de la médecine traditionnelle où les guérisseurs traditionnels tiennent de petits centres de santé ou improvisent des marchés où les autres viennent s’approvisionner.

A Jabe , il se développe depuis plus de 10 ans , un marché des médicaments traditionnels ( le plus important de la capitale )où les guérisseurs traditionnels étalent sur leurs étagères d’innombrables écorces d’arbres , feuilles , peaux de fauves et reptiles , coquillage , poudres , ailes d’oiseaux... Une vieille femme qui exerce pendant plus de 20 ans nous a confié qu’avec ces produits, les guérisseurs parviennent à guérir une multitude de maladies dont certaines n’ont pas d’équivalent dans la terminologie de la médecine moderne telle Iyabaja ou Imporogomyi.

Ils traitent également d’autres maladies qu’on retrouve dans la terminologie de la médecine moderne telles le paludisme , le foie , le diabète et autres .Dans bien des cas, on trouve une longue liste de maladies à traiter sur la porte des centres comme nous l’avons vu au centre de santé de la médecine traditionnelle de Jabe situé sur l’avenue de la jeunesse ( en face du marché) ou au centre de santé de la médecine traditionnelle de Kamenge ( au siège de l’ATRAPRABU).

Les guérisseurs traditionnels de ces centres nous on confié qu’à certaines occasions, ils recommandent aux patients de procéder aux examens de laboratoire afin qu’ils sachent quelle maladie traiter et quel médicament administrer.

4. Quid de la reconnaissance officielle de la médecine traditionnelle ?

Actuellement, la médecine traditionnelle semble ne pas être une préoccupation des pouvoirs publics alors que depuis un certain temps, un département qui se charge de la médecine traditionnelle et de l’hygiène au sein du ministère de la santé publique a été créé. Pourtant, l’OMS recommande aux Etats de promouvoir la médecine traditionnelle et depuis 3 ans , il est institué la journée africaine dédiée à la médecine traditionnelle célébrée le 31 août de chaque année , une occasion d’échanger sur les défis de la médecine traditionnelle.

Depuis 1986, il exite l’Association des Tradipraticiens du Burundi (ATRAPRABU) , une organisation qui n’a épargné aucun effort pour la promotion de la médecine traditionnelle. Cependant , elle remarque amèrement l’absence de collaboration de la part du Ministère de la santé publique et des prestataires de la médecine moderne qui continuent à la diaboliser comme nous a indiqué Mme Mariam Ndazirazana , Représentante Légale suppléant de ladite association.

Elle nous a indiqué que dans d’autres pays tels le Kenya, le Rwanda, l’Ouganda ou l’Afrique du sud , le guérisseur traditionnel bénéficie d’une place respectueuse dans la société et les gouvernements apportent leur concours au domaine en le dotant des moyens matériels et financiers nécessaires .

Dans notre pays par contre , le guérisseur traditionnel est perçu différemment selon qu’on le reconnaît ou pas .La confusion souvent entretenue entre tradipraticien(umuvuzi kama) ;devin guérisseur , le voyant ou le sorcier (umupfumu) et le charlatant (umufyitirizi) ne fait que décourager ces guérisseurs traditionnels si bien que des fois ils sont cibles de la chasse aux sorciers .

Les autorités administratives et religieuses sont parfois farouchement hostiles aux guérisseurs traditionnels qui sont simplement perçus comme des devins guérisseurs(Abapfumu) et sujets à disparition .

Pourtant, il n’y a rien de païen dans la vraie médecine traditionnelle car en effet on remarque que les grands centres de médecine traditionnelle sont dirigés par les religieux tels le centre de Buta dirigé par M.l’Abbé Léopold Mvukiye ou le centre de santé de la médecine traditionnelle des Soeurs Bene Tereza sis Boulevard de l’Uprona dans les enceintes de la paroisse St Michel de Bujumbura . Jusqu’actuellement, on remarque même que les patients qui fréquentent ces centres sont souvent complexés .Paradoxalement , il a été démontré que des fois ,les guérisseurs traditionnels réussissent mieux et à peu de frais. Et Mme Mariam Ndazirazana de renchérir en nous avouant que les malades qui sont insolvables ne sont pas emprisonnés comme il est devenu monnaie courante dans les hôpitaux de Bujumbura.

Le professeur Déo Douglas Niyonzima estime que la non reconnaissance officielle de la médecine traditionnelle entrave sa promotion et que les droits des tradipraticiens sont régulièrement bafoués notamment le droit à la propriété intellectuelle .

La non reconnaissance officielle de la médecine traditionnelle fait que les guérisseurs traditionnels travaillent dans un climat peu sûr et font face à des défis multiples. Leur métier est diabolisé, l’absence d’un cadre légal de prestations et d’échange fait que certain soient obligés d’abandonner le métier , ils manquent de moyens matériels et financiers pour pouvoir notamment s’approvisionner à longue distance.

Les feux de brousse ne font qu’empirer la situation d’autant plus que les plantes médicinales disparaissent du coup et il n’y a pas de jardins botaniques pour sauvegarder certaines plantes médicinales en voie de disparition .

Une étude menée par le programme APPU.I-P.LU.S a montré que les guérisseurs traditionnels recourent à l’utilisation d’actes thérapeutiques susceptibles de propager le sida : scarification, circoncision , saignées -aspiration..., des actes qui exposent à la fois les guérisseurs traditionnels et les patients .La non reconnaissance officielle de la médecine traditionnelle fait que les guérisseurs traditionnels restent peu réceptifs au mouvement associatif.

La non reconnaissance officielle de la médecine traditionnelle fait que le domaine est simplement oublié en témoigne l’absence de publications des recherches qui sont assidûment menées notamment par les chercheurs de l’université du Burundi et les étudiants par manque de moyen.

5. Pour la promotion de la médecine traditionnelle .

Très accessible et peu chère, la médecine traditionnelle offre une chance à la grande majorité de la population d’accéder aux soins de santé, et pour cette raison, elle devrait être promue. La reconnaissance officielle et la création d’un cadre légal permettrait aux tradipratitiens d’honorer leur métier souvent diabolisé et créerait un climat de confiance et de travail sûr des guérisseurs traditionnels .

Il faut promouvoir la collaboration entre les prestataires de la médecine traditionnelle et de la médecine moderne. La création des centres de santé de médecine traditionnelle se veut être une nécessité et permettrait de servir de référence à biens des guérisseurs traditionnels. Il faut également protéger les plantes médicinales et promouvoir la recherche sur les plantes médicinales .C’est essentiellement le gouvernement qui a l’obligation de promouvoir la médecine traditionnelle en la dotant des moyens matériels et financiers nécessaires .Cela ne pourra être possible que si la médecine traditionnelle est perçu comme une ressource précieuse à protéger et à doter des ressources nécessaires pour son développement.

Vital Nshimirimana

Les enfants face aux méfaits du VIH/SIDA : un défi à lever

Par Rémy Ndikumagenge

Introduction

Au Burundi comme dans d’autres pays en développement, le Sida est une maladie très grave. Depuis l’apparition de ses premiers signes en 1983, le VIH/SIDA s’est propagé à une allure très inquiétante. Si le taux de séroprévalence était monté jusqu’à 11% en 1990, il l’a été davantage pour être porté à 18,6% en 2000 surtout chez les femmes en consultation prénatale. On entend par là le grand risque de mettre au monde de nouveaux- nés déjà séropositifs d’autant plus que la prévention de la transmission de la mère à l’enfant n’était pas encore généralisée dans tout le pays.

Il est utile de rappeler que l’enquête nationale menée en 1989 et dont les résultats ont été synthétisés dans Femmes et enfants au Burundi. Analyse de la situation (1992) avait révélé que près de 4% des enfants de 0 à 4 ans du milieu urbain étaient infectés par le virus, ce qui témoigne que le taux de la transmission Mère- Enfant n’était pas négligeable.

1° Le SIDA menace aussi les jeunes

En plus de la contamination périnatale, d’évidents signes montrent que ce fléau, qui ravage sans cesse, n’épargne non plus les jeunes. Le rapport de l’ONUSIDA sur le Burundi à la fin de 2003, comme le mentionne Bulletin épidémiologique annuel de surveillance du VIH/SIDA/IST pour l’année 2003, témoigne de la gravité de la situation.

Ses estimations prouvent à suffisance la vulnérabilité de la jeunesse. Sur un total de 260000 pvvs(personnes vivant avec le sida), plus de 27000, soit un taux supérieur à 10,38% étaient des moins de 18 ans. Les nouveaux cas d’infection estimés à 36000 contenaient plus de 8200, soit un taux dépassant 22,77% des moins de 18 ans tandis que les décès causés par le Sida évalués à 25000 renfermaient plus de 6400, soit un taux supérieur à 25,6% des moins de 18 ans.

Ledit rapport conclut en affirmant que le Sida est devenu une cause importante de la mortalité infantile et de l’accroissement de l’effectif dans l’orphelinat. Le rapport annuel suivant, celui de 2004 revient sur le même constat et précise que le nombre d’orphelins à cause du Sida était estimé à 200000.

M. Joseph Ndayisaba, à travers l’ouvrage dont il est le consultant Politique nationale en faveur des orphelins et des autres enfants vulnérables (mars 2005) affirme lui aussi que le Sida est parmi les deux principales causes du grand nombre d’orphelins que compte le pays quand il rappelle que le sida à lui seul est responsable des 37% des 630000 orphelins que totalisait le pays.

Vers la fin de la même année (2005), la Représentante de l’Unicef au Burundi, Madame Catherine Mbengue, se basant sur les résultants de l’enquête menée dans 15 provinces par le gouvernement, a affirmé que les orphelins à cause du Sida sont évalués à 250000 sur les 842077 des enfants orphelins que comptait les localités concernées par cette enquête, soit 29,68%. Elle a ajouté que ladite enquête estime aussi à 30000 le nombre d’enfants qui vivent avec le VIH/SIDA. Visiblement, les conséquences néfastes affectent considérablement les enfants.

2° L’impact de la pandémie sur la vie des enfants

Si le fléau du sida attaque en premier lieu la population adulte, les enfants ne sont pas pour autant moins concernés. Comme on vient de le constater, ils peuvent constituer une cible privilégiée du VIH/SIDA comme ils peuvent en subir des conséquences.

Dans tous les cas, ils en sont victimes de plusieurs manières. On l’a déjà vu. Ces mineurs sont soit infectés par le VIH, soit victimes indirectement au cas où leurs parents en souffrent et qu’ils font par la suite objet de la discrimination sociale, soit orphelins du Sida , ce qui est le pire des cas.

Pour les enfants infectés, ils vivent un double drame. D’un côté, leur conscience n’est jamais tranquille suite aux questions qu’ils se posent et qui demeurent sans réponse. Peuvent -ils connaître l’origine de leur maladie ? Comprennent- ils pourquoi ils n’ont pas eu la chance de naître sains comme les autres enfants ? Qu’ont-ils fait pour être privés du droit de vivre heureux en pleine quiétude et le plus longtemps possible ?

De l’autre côté, ils sont tourmentés du qu’en dira-t-on au point de vue social et sont hantés par le souci de savoir quelle sera la réaction des compagnons de jeu, des voisins et de l’entourage au cas où ces derniers seraient au courant de leur séropositivité. Ils s’inquiètent aussi à propos de leur épanouissement socio-économique.

Concernant les enfants issus des parents souffrant du sida, le constat est presque le même. Eux non plus ne sont pas à l’aise, car ils sont indexés par leurs compagnons de jeu Ils en sont surtout affectés davantage sur le plan socio-économique quand leurs parents ont atteint la phase sida maladie.

A ce stade, les dépenses liées à l’achat des antirétroviraux, au coût du séjour prolongé sur le lit de l’hôpital ne permettent pas aux responsables familiaux d’accomplir leur devoir consistant à assurer à leurs enfants le droit à l’éducation, à la bonne santé et au bien-être. Dans ces conditions, les enfants se sentent presque abandonnés à eux seuls, ne fréquentent pas ou abandonnent l’école suite au manque du soutien financier, ne sont plus soignés et connaissent finalement une vie désespérée.

Les orphelins du sida constituent eux aussi une catégorie marginalisée à tort par la communauté environnante. Cela est dû au fait qu’ils sont considérés comme infectés par le VIH/SIDA et font par conséquent objet de raillerie et de répulsion vis-à-vis d’autres enfants supposés sains sous l’instigation de certains parents qui refusent même d’aider ce genre d’orphelins en les prenant en charge. Certaines gens vont jusqu ‘à affirmer que les orphelins du sida sont différents d’autres catégories d’orphelins.

Par ailleurs, l’enquête menée par Madame Théodora Nisabwe en décembre 2002 dans trois provinces sur la discrimination à l’égard des enfants orphelins du sida révèle ce que les enquêtés appellent la particularité de ces orphelins.

Les principales réponses données dans ces trois provinces concernées par l’enquête se présentent dans le tableau comme suit :

Provinces Réponses Bujumbura Bururi Gitega Total % Un orphelin du sida souffre et pose de problème de santé 69 27 108 204 58,28 Un orphelin du sida fait parfois objet de méfiance 11 29 34 74 21,14 Un orphelin du sida est toujours soucieux de sa situation _ 30 56 86 24,57 Un orphelin du sida a besoin d’une attention particulière _ _ 81 81 23,14 Un orphelin du sida est un invalide _ _ 60 60 17,14

A la lumière de ce tableau, on dirait que l’orphelin du sida est assimilé au sidéen. 58,28% des enquêtés lui reprochent de souffrir et de poser un problème de santé au moment où 21,14 % des enquêtés voient qu’il fait objet de méfiance et que son image vis-à-vis de la société s’en trouve affectée.

24,57 % des interviewés présentent l’orphelin du sida comme une personne toujours soucieuse de sa situation et qui suscite des inquiétudes au sein de l’entourage, ce qui entraîne chez lui un sentiment d’infériorité et de suspicion. 23,14% de enquêtés se sont exprimés en insistant sur son exigence d’une attention particulière tandis que 17,14% le prennent pour un invalide.

Sans se nourrir d’illusions, les trois ans qui nous séparent de l’année de cette enquête n’ont pas suffi pour effacer ces considérations dans les mémoires de tous les citoyens.

C’est-à-dire que certains orphelins continuent à être victimes de cette ignorance et de ce manque d’esprit de discernement rencontrés surtout chez la masse paysanne non instruite en dépit de l’action musclée du Gouvernement burundais, de la société civile et des médias dans la sensibilisation contre les méfaits de ce fléau du sida.

Concrètement, ces trois catégories d’enfants infectés ou affectés par le VIH/SIDA se trouvent dans une situation intenable tandis que l’inquiétude, l’angoisse, le désespoir et l’anxiété restent leur lot quotidien tout au long de leur existence.

De cette manière, ils mènent une vie quasi invivable car elle est pleine de souci et dépourvue de la certitude du lendemain et cela en dépit de l’article 44 de l’actuelle Constitution de la République du Burundi disposant que « Tout enfant a droit à des mesures particulières pour assurer ou améliorer les soins nécessaires à son bien-être et à sa santé et à sa sécurité physique et pour être protégé contre les mauvais traitements, les exactions ou l’exploitation ».

3° Des lueurs d’espoir s’annoncent

Aujourd’hui, il y a lieu d’espérer que cette situation combien problématique pourra s’améliorer. Des signes avant coureur qui commencent à se manifester sont un peu rassurants. En effet, grâce à la volonté manifeste des pouvoirs publics, des ONGs et de la société civile en vue de travailler en synergie pour sauver la situation, une lueur d’espoir pointe à l’horizon.

Rappelons qu’une campagne globale sur les enfants et le VIH/SIDA qui s’étendra sur cinq ans a été lancée officiellement le 24/10/2005 par les hautes autorités du pays. A cette occasion, le Président de la République du Burundi a expliqué que cette campagne durera cinq ans à travers le monde en vue de protéger la jeunesse de la pandémie du sida et de ses impacts néfastes sur leur avenir.

L’autre précision a été que cette bonne initiative de l’Unicef et de l’ONUSIDA sur le thème principal « Les enfants et le VIH/SIDA a comme motivation la préoccupation profonde de protéger l’humanité par la grande porte d’entrée du virus du Sida que constituent les jeunes.

Il a également signalé que la lutte contre la propagation du sida et de ses impacts devait privilégier les enfants constituant le Burundi d’aujourd’hui et de demain et qui sont de loin vulnérables par rapport à d’autres catégories. Le Président de la République a en outre promis que le gouvernement burundais ne ménagera aucun effort pour que les enfants en général et ceux infectés et affectés par le VIH/SIDA en particulier bénéficient d’une prise en charge indispensable à même de leur permettre de vivre comme les autres enfants.

Il est revenu sur la situation actuelle très alarmante au Burundi et a affirmé que les enfants infectés par le VIH/SIDA, le plan opérationnel pour l’accès aux médicaments antirétroviraux et la politique nationale en faveur des orphelins et autres enfants vulnérables retiendront l’attention du gouvernement.

Les objectifs de ladite campagne sont aussi nombreux que prometteurs comme le confirme la Représentante de l’Unicef au Burundi, Madame Catherine Mbengue en indiquant que jusqu’en 2010, les objectifs envisagés sont :

· De réduire de 25% le nombre de nouvelles infections parmi les adolescents et les jeunes ; · D’atteindre 80% pour le taux de couverture pour la prévention en transmission de la mère à l’enfant, du traitement médical adapté aux enfants infectés et des services d’aide et de soutien aux orphelins et enfants affectés par le VIH/SIDA.

Selon la même source, cette mesure a été prise suite à la triste réalité observée au Burundi. Elle a alors fait comprendre que cette campagne est une occasion de s’unir dans un nouvel engagement de solidarité des Gouvernements, des Agences des Nations- Unies, des ONGs, des médias, des acteurs des secteurs privés, des leaders religieux et d’autres pour faire face au défi et à la menace qu’engendre la pandémie du sida pour les enfants.

Par Ndikumagenge Rémy

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