I. INTRODUCTION
Durant l’année 2009, la Ligue Iteka a assuré l’observation des droits de l’homme comme elle le fait chaque année. Dans la globalité, la situation des droits de l’homme s’est améliorée avec la fin de la belligérance marquée par l’application de l’accord de cessez-le feu entre le gouvernement de la République du Burundi et le mouvement PALIPEHUTU-FNL, le 04 décembre 2008.
En matière de justice et de promotion des droits de l’homme, on note des avancées significatives marquées par les faits suivants : la promulgation d’un nouveau code pénal, la désignation du comité de pilotage tripartite en charge des consultations de la population sur la mise en place des Mécanismes de Justice de Transition, le processus de mise en place de la Commission Nationale Indépendante des Droits de l’Homme a continué.
Sur le plan institutionnel, la Commission Electorale Nationale Indépendante a été mise en place après d’énormes difficultés. Le Président de la République avait nommé la première commission qui a été désapprouvée par les partis politiques de l’opposition, mais aussi par d’autres acteurs. Une deuxième commission a été mise en place après d’âpres négociations et a été acceptée par toutes les parties intéressées.
Toujours dans le cadre de la préparation des élections générales de 2010, le code électoral consensuel a été promulgué, lui aussi après beaucoup de discussions. Les points d’achoppement étaient principalement le nombre de cartes à utiliser ainsi que l’ordre de succession des scrutins.
II.EVOLUTION DES DROITS CIVILS ET POLITIQUES
Malgré quelques améliorations, la jouissance et le respect des droits civils et politiques n’ont pas été effectifs au cours de l’année 2009. Ceci est observable à travers quelques faits.
II.1. Atteintes au droit à la vie
Sur le plan du respect de la vie de la personne, après la guerre, de paisibles citoyens ont continué à être tués pour diverses raisons. Les services de la ligue ont enregistré 269 cas d’assassinats dont les causes sont diverses : banditisme à mains armées, conflits fonciers, assassinats dont le mobile serait politique, justice populaire, violences conjugales, infanticide, etc.
Les actes de criminalité ont fait aussi un nombre important de blessés. Plus de 158 cas de personnes blessées pendant différentes attaques ont été rapportées. Parmi les 158 cas, 109 ont été blessées par grenade.
Tableau récapitulatif des auteurs des assassinats :
12 personnes tuées par des policiers et militaires,61 Victimes de banditisme,4 tuées par ex membres du P FNL,12 victimes des violences conjugales,15 personnes tuées par leurs propres parents,165 tuées par des auteurs non identifiés,
Tableau récapitulatif des victimes selon les objets utilisés :
82 tuées pr balle,34 par grenades,49 par arme blanche,8 par poison,26 par gourdin,4 par étranglement,3 par incendies criminelles,62 par armes non specifiées.
Comme il transparait dans le rapport, la plupart des cas d’assassinats l’ont été avec l’usage des armes à feu : fusils et grenade : 116 cas sur 269, soit 43,12%, Cet état de fait montre que les armes qui restent dans les mains de ceux qui n’avaient pas le droit d’en posséder continuent de faire des victimes malgré la fin de la guerre. Cette situation se confirme de plus en plus si on considère le nombre des blessés par grenade : 109 sur 158, soit 68, 98 % des blessés enregistrés par la ligue.
Malgré la fin de la guerre, la ligue Iteka a enregistré au moins 13 embuscades sur les routes. Le bilan de ces embuscades est de 5 personnes tuées, 6 blessées, 3600000 Fbu et plusieurs objets volés. Une des embuscades a été tendue par 2 bandits armés et en tenue militaire. 2 militaires du camp Mutukura ont été soupçonnés d’être auteurs de cette embuscade.
Comparaison des cas d’assassinats pendant les 3 dernières années
année 2007:641 2008:616 2009:269
II.2. Les agents de l’Etat, auteurs de bavures sur la population
Les agents de l’Etat se sont aussi rendus coupables des bavures sur la population. Des cas de mauvais traitement, et d’attaque sur les civils par les agents de l’état ont été rapportés.
On se rappellera du cas d’attaque menée par les policiers de la position de Kayogoro en connivence avec l’administrateur de cette même commune sur les élèves du collège Kayogoro dans la même commune. Dans la matinée du 21 mai 2009, ces policiers ont tiré sur 26 élèves scouts qui pratiquaient le rite de totémisation. Dans la même province, cette fois-ci dans la commune Nyanza-lac, le chef de poste Kabonga n’a jamais cessé de malmener la population, hommes et femmes confondus.
A Muyinga, 3 militaires ont tiré à balle réelle sur le bras d’un certain Sibomana Aimable. Il a perdu 3 doigts et ces militaires ont été mutés par après. A Gitega, dans la commune Mutaho 3 policiers dont un capitaine ont tiré sur un commerçant portant le nom de Mbonimpa Evariste au moment où il fermait sa boutique. Ces derniers n’ont pas été inquiétés.
A Kayanza, Salvator Nsabiriho, un citoyen de la province Kayanza a été victime de torture commise par la garde du gouverneur de Kayanza et sous ses ordres. Quelques jours après, il a été admis à l’hôpital. Il ne survivra pas des séquelles de la torture, la bastonnade et d’autres actes de traitements cruels, inhumains et dégradants lui infligés par la garde du gouverneur de la Province Kayanza, sennel Nduwimana.
D’autres militaires et policiers ont été impliqués dans des actes de vol, certains y ont même laissé leur vie comme les deux policiers Nzeyimana Antoine et Barasokoroza Oscar de la province Ruyigi, commune Gisuru, tués par la population en colère, celui de Mabanda tué pas ses collègues quand ils tentaient de voler chez un certain Bucumi Côme dans la commune Nyanza-Lac, colline Kiderege
II.3. Evolution en matière de justice et de droits de l’homme
Comme il a été mentionné dans l’introduction, le nouveau code pénal burundais intègre de nouvelles dispositions qui sont de nature à protéger les droits de l’homme notamment en réprimant la torture, en reconnaissant l’imprescriptibilité des crimes de génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité, sanctionne sévèrement le viol ainsi que les violences sexuelles, en remontant la responsabilité pénale de l’enfant de 13à 15 ans.
Il faut noter aussi la désignation et la mise en place du comité de pilotage tripartite en charge des consultations nationale sur la mise en place des mécanismes de Justice de transition, la conduite effective des consultations nationales même si le rapport n’a pas encore été publié. Le processus de mise en place de la Commission Nationale Indépendante des Droits de l’Homme a continué. Néanmoins, sa mise en place effective se fait toujours attendre.
Néanmoins, dans ce secteur, malgré toutes ces avancées, le secteur de la justice montre toujours un manque d’indépendance. Il apparaît que les juges qui ont siégé dans des affaires considérées comme « dossiers politiques » ont été soit intimidés, soit sanctionnés pour n’avoir pas orienté ces affaires dans le sens voulu par l’exécutif.
A titre d’exemple, les juges ayant siégé dans l’affaire Alexis Sinduhije, président du MSD ont été intimidés. Ceux qui ont acquitté Kavumbagu Jean Claude ont été aussi mutés, Patrick Nduwimana, Dushimire Philémon et Ndihokubwayo Mathieu ont été sanctionnés pour avoir exercé leur fonction. Ces juges avaient été sanctionnés après avoir acquitté Gédéon, Ntunzwenindavyi, accusé d’atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat. Ces juges ont été mutés de leurs postes d’attache après avoir subi la suspension de 15 jours de leur poste d’attache.
II.4. La pratique de la torture continue
Malgré le travail de plusieurs organisations et la volonté du gouvernement pour mettre fin à la torture, cette pratique continue à être rapportée. Au cours de l’année 2009, la ligue Iteka à elle seule a enregistré 127 cas de torture. A titre d’exemple :
En date du 14 novembre 2009 sur la position policière de Rukaramu, commune Mutimbuzi,province Bujumbura rural un enfant de 14ans nommé Safari, orphelin de père et de mère a été torturé par le chef de cette position de la police. Ses voisins l’ont accusé d’avoir volé un téléphone portable et l’ont attrapé devant le chef de poste. Ce dernier a ordonné à ses subalternes de le ligoter sérieusement jusqu’à ce qu’il accepte qu’il’ a commis ce vol. Safari a passé 4heures subissant cette pénible épreuve. A cause de douleurs excessives, il a fini par l’accepter. Quelques jours après, SAFARI a connu des infections liées à cet acte de torture sur les deux bras aux endroits où la corde a passé.
En date du 17 novembre 2009, le chef de poste Kayogoro aurait mis à tabac un certain Nshimirimana Samson. En plus des mauvais traitements qu’il aurait subits, 200.000 F Bu lui auraient été subtilisés.
En date du 27 novembre 2009, Nzohabona Alexis et Ndayirukiye Dominique ont été mis à tabac, ligotés et torturés par la population de la colline Mugerama, commune Nyanza-Lac, province Makamba. Les éléments de la police auraient pris part à cet acte de torture
Comparaison des chiffres par rapport aux années antérieures :
année 2007 2008 2009
chiffre 535 334 127
II.5. Un nombre pléthorique de prisonniers
Selon les chiffres en provenance de la direction générale des affaires pénitentiaires, au 15 janvier 2010, la population carcérale était de 10908 pour une capacité d’accueil de 4050. Parmi cette population, le nombre de prévenus s’élevaient à 6775 soit 62,1% de la population carcérale générale. Les condamnés étaient 4056 soit 37,2% de la population carcérale. Comme conséquence, l’opinion assiste à des grèves et à des tentatives d’évasion à répétition. Sur le chapitre des grèves dans les prisons, au moins 4 sur les 11 prisons que compte le pays ont connu des grèves. La prison de Mpimba a connu un climat particulièrement tendu. Des grèves à répétition se sont observées durant les mois de novembre et décembre 2009. Certaines autorités rencontrées semblent comprendre cet état de fait. En effet, elles reconnaissent qu’il est difficile de garder au tour de 3500 personnes dans une prison qui était conçue pour 800 personnes seulement.
II.6. Les libertés politiques ont connu de grandes entraves
Au cours de l’année 2009, plusieurs réunions des partis politiques ont été empêchées de se tenir ou ont été perturbées par l’administration par police interposée ou par les membres zélés des autres partis. La ligue a enregistré 21 cas d’empêchement ou de perturbation des réunions des partis politiques agréés. A titre d’illustration : En date du 22 janvier 2009, l’administrateur de la commune Giteranyi, province Muyinga a interdit au parti UPD Zigamibanga de tenir sa réunion. Il aurait prétexté, que les animateurs ne s’étaient pas présentés à lui. La réunion devrait se tenir en date du 24 du même mois.
En date du 5 juillet 2009, l’administrateur de la commune Muyinga a interrompu la réunion du parti FNL en cours au chef-lieu de la commune Muyinga, à l’Hôtel la Réussite. Il a prétexté qu’il y’avait un grand monde dans la réunion. Il faut noter que la réunion avait été autorisée avant. Ce ne sont que des cas parmi d’autres.
De plus, des actes d’intolérance se sont manifestés. Les drapeaux des partis politiques ont été soit volés, soit brûlés, les mâts servant de support des drapeaux ont été enlevés, les permanences des partis politiqués ont été soit brûlées, soit endommagées. Voici quelques exemples pour illustrer ces cas d’intolérance politique :
En date du 2 janvier 2009, sur la colline Mungwa, commune et province Gitega, 2 maisonnettes et drapeaux du parti CNDD-FDD ont été brûlés. Les auteurs de ces incendies n’ont pas été identifiés.
Marguerite Harushimana, bailleur du parti UPD Zigamibanga dans la commune Bubanza a été menacée par des membres du parti CNDD-FDD. Ces derniers menaçaient de brûler sa maison pour avoir accepté de donner sa maison en location au parti UPD Zigamibanga.
En date du 14 avril 2009, le drapeau du parti UPD a été volé. Ce vol a eu lieu dans la commune urbaine de Musaga en mairie de Bujumbura. Les auteurs de ce vol n’ont jamais été connus.
En date du 22 février 2009, le chef de la zone Buruhukiro Gérard Ndikumana , en même temps représentant communal du parti CNDD-FDD dans la commune Rumonge a ordonné la démolition de la permanence du parti UPRONA. Le motif évoqué par le chef de zone était la volonté d’agrandir les bureaux de la zone. Certains observateurs y ont pourtant vu une intolérance politique affichée contre ce parti.
En date du 17 mai 2009, les militants du parti UPD zigamibanga de la commune Cendajuru, province Cankuzo ont été empêchés de se réunir. L’administrateur communal de la commune Cendajuru aurait fait volte-face et leur aurait empêché la tenue de cette réunion malgré l’autorisation qu’avait donnée auparavant. L’ordre de les en empêcher serait venu de l’autorité hiérarchique, en l’occurrence le gouverneur de la province Cankuzo.
En date 6 mai 2009, Nifasha de la colline Gisagara, commune Gisagara a été arrêté par l’administrateur de la même commune, Mr Mugande Nicaise. Il serait victime de son appartenance au Mouvement pour la solidarité et la démocratie, MSD. Il aurait été libéré le 09 mai de la même année.
Dimanche le 08 novembre 2009, à 10h, le Gouverneur de la province Cankuzo aurait empêché l’ouverture de la permanence du parti FNL à Cankuzo. Au moment où le représentant provincial du parti, Ndike Fabien se préparait à hisser le drapeau du parti, des policiers envoyés par le Gouverneur seraient venus et lui aurait ordonné non seulement de déraciner le poteau sur lequel le drapeau allait percher, mais aussi de fermer le trou. Par après, une délégation en provenance de Bujumbura à leur tête Agathon Rwasa, président du parti est arrivée. Ils auraient dansé et chanté à l’extérieur de la permanence car la permanence n’était pas accessible du fait des policiers qui les en avaient empêché l’accès.
En date du 03 mars 2009, le comité provincial du parti UPD zigamibanga ont été séquestrés par le chef du service national de renseignement Jovin Cishahayo à Gitega à la permanence du parti. Des objets du parti et les documents ont été aussi confisqués. Le flash disc pris au cours de la perquisition n’a pas encore été restitué. Le chef du SNR aurait agi pour des raisons politiques.
En date du 09 mai 2009, sur les collines Muhuzu et Kigufi dans la commune Gishubi, 2 drapeaux du parti FRODEBU ont été enlevés par des inconnus. Les poteaux sur lesquels ces drapeaux perchaient ont été aussi arrachés. Les auteurs de ces actes n’ont pas été identifiés.
En date du 08 novembre 2009, l’administrateur de la Commune Nyarusange a empêché une réunion du parti Frodebu qui devrait se tenir à Nyarusange même. La réunion devrait être dirigée par Fréderic Banvuginyumvira, Vice-Président du part Frodebu. L’administrateur a par après éteint le téléphone. La réunion avait été annoncée en date du 3 novembre 2009. La salle avait été déjà payée.
Au cours de l’année, les jeunes des partis politiques en général et les surnommés Imbonerakure, jeunesse du parti CNDD-FDD se sont livrés à des actes qui ont provoqué des peurs chez certaines personnes. Le sport nocturne organisé par les jeunes, les affrontements, les actes de terrorisme envers les membres des autres partis ont été observés.
A titre d’exemple, en date du 25 octobre 2009, les jeunes affiliés au parti CNDD-FDD, parti au pouvoir ont fait un sport dans les rues de la Ville de Rumonge, province Bururi, au sud du pays. Ils scandaient des slogans de leur parti, à savoir le CNDD-FDD. Au même moment, les jeunes du parti FNL faisaient aussi le sport dans les mêmes rues et scandaient les slogans de leur parti. Ces deux groupes ont failli se rentrer dedans quand ils se sont croisés. L’administrateur de la commune a indiqué que seuls les jeunes du parti au pouvoir avaient droit de faire ce sport.
En date du 8 février 2009, entre 04 heures et 07 h du matin, un groupe de jeunes et de démobilisés du parti CNDD-FDD qui s’évaluaient 30 personnes et dont certains portaient des bottines militaires et des Tshirts sur lesquels il y’avaient des écriteaux exaltant les décisions du président de la République ont fait un sport nocturne sur le trajet Rugombo-Cibitoke. Ce groupe scandait le chant à travers lequel ils déclaraient leur soutien au Président Pierre Nkurunzinza. Le même sport nocturne avait été organisé en date du 17 janvier 2009 sous le commandement d’un démobilisé portant le nom de Nsabimana Déo.
A l’image de la jeunesse du parti au pouvoir, le CNDD-FDD dont les membres sont appelés les « Imbonerakure », la jeunesse affiliée au parti FNL a commencé à pratiquer le sport matinal le 11 octobre 2009 à Rugombo dans la province Cibitoke, au nord ouest du pays.
En date du 18 octobre 2009, plus de 25O membres de la jeunesse affiliée au FNL ont marché de la commune Rugombo vers la commune Mugina de la même province. L’objectif de la marche aurait été de rencontrer les membres de la jeunesse affiliée au CNDD-FDD,visant une provocation. Au même moment, un autre mouvement composé d’approximativement 120 jeunes de la jeunesse affiliée au CNDD-FDD, parti au pouvoir étaient en train de monter pour faire collision avec l’autre groupe. Les agents de la police, dans 2 pick up ont intervenu à temps et stoppé les deux groupes. La police a demandé aux deux groupes d’arrêter la course et d’arrêter les chansons. Il faut noter que les membres des deux groupes avaient leurs têtes couvertes de d’herbes, et courraient avec des gourdins. Il a été demandé à chaque parti de ne plus faire ce genre de sport sans demander au préalable la permission du ministère de l’intérieur.
Dimanche 27 septembre 2009, les jeunes affiliés au parti CNDD-FDD et ceux du parti FNL se sont battus sur les collines Nyakarama de la commune Bugabira, et sur la colline Kibazi dans la commune Bwambarangwe, toutes en province Kirundo. L’administrateur de la commune Bugabira ainsi que le chef de poste se sont rendus sur les lieux pour calmer la situation. Au cours de la semaine qui a précédé cet événement, certaines sources de la commune Bwambarangwe parlaient de tension entre les jeunes de ces deux partis. Le Chef de zone Buhora, mais aussi membre du parti CNDD-FDD aurait demandé au président communal du FNL qu’ils organisent ce sport ensemble pour les deux groupes.
Dimanche le 22 novembre 2009 sur la colline de Kizi, commune Gashoho de la province Muyinga au nord du Burundi, il y’a eu des affrontements entre les partisans du parti CNDD-FDD et ceux du parti UPD zigamibanga. 7 personnes ont été blessées durant ces affrontements.
Les cas mentionnés ci-haut ne sont que des cas d’illustration de bien d’autres. La Ligue Iteka a enregistré au moins 64 cas d’incidents liés à l’intolérance politique. Ces cas d’intolérance ont affecté presque tous les partis actifs sur terrain. C’est entre autres le FRODEBU, le CNDD-FDD, l’UPD Zigamibanga, l’UPRONA, le CNDD, le MSD et le FNL. Des cas d’intolérance pareils, couplés avec l’activisme des jeunesses affiliées aux partis politiques peuvent être des sources d’insécurité avant, pendant et après les élections en vue.
II.7. Les acteurs de la société civile visés
Durant l’année 2009, les membres de la société civile n’ont pas été épargés par des actes d’intimidation, voire d’assassinat. Le cas le plus frappant est celui d’Ernest Manirumva vice-Président de l’OLUCOME assassiné dans la nuit du 8 au 9 avril 2009. Jusqu’à maintenant, l’opinion nationale et internationale attend toujours la vérité sur cet ignoble assassinat.
Le président de l’OLUCOME M. Rufyiri a continué à être victime d’intimidations. Pacifique Nininahazwe, délégué du FORSC, Pierre Claver Mbonimpa, président de l’APRODH ont subit eux aussi des menaces et intimidations. Il en a été de même pour Madame Eulalie Nibizi, Présidente du syndicat STEB. Toutes ces intimidations envers les acteurs de la société civile sont de nature à limiter l’exercice de la liberté d’expression, de faire taire toutes les voies libres et ainsi limiter les initiatives citoyennes qui sont de nature à contribuer à asseoir et renforcer l’état de droit au Burundi.
Le travail sur terrain de certaines organisations de la société civile a été aussi entravé. Les séances de rencontre organisées par les organisations de la société civile ont été empêchées par les autorités administratives. Les rencontres organisées par COSOME à Ngozi, FORSC à Karusi, SPPDF à Kayanza, OAG à Cankuzo ont été empêchées par les autorités administratives du ressort.
L’ordonnance ministérielle portant agrément du FORSC (Forum pour le renforcement des organisations de la société civile) a été aussi annulée par une autre signée par le ministre de l’intérieur le 23 novembre 2009. Cette annulation du FORSC est intervenue dans un contexte où les organisations de la société civile et le FORSC en tête étaient en train de demander la lumière sur l’assassinat d’Ernest Manirumva et le décès de Salvator Nsabiriho, un citoyen de la province Kayanza dont l’affaire a été citée ci-haut.
III. DROITS SOCIO-ECONOMIQUES
Certes, les mesures de gratuité de soins de santé pour les enfants de moins de 5 ans et les femmes pendant l’accouchement sont louables. Il en est de même pour la volonté à l’éducation universelle. La première mesure aura contribué pour réduire le taux de mortalité infantile ainsi que les complications liées à l’accouchement à la maison. Pour la deuxième mesure, les discriminations liées sur le genre en envoyant les enfants à l’école n’auraient plus de chance. De surcroit, les informations diverses ont fait état de plus de 700 écoles construites cette année dont 500 pour le cycle primaire. Malgré les efforts consentis dans le secteur des droits socio-économiques,
Dans le secteur de l’éducation, les locaux nouvellement construits manquent des équipements pour pouvoir répondre aux exigences d’un enseignement de qualité. Les besoins en enseignants, selon le ministère de l’enseignement primaire et secondaire se chiffraient à 5610 enseignants à l’école primaire et de 2000 au secondaire, soit 7610 au total. Malgré l’autorisation de recrutement de 2500 enseignants au primaire et de 1700 au secondaire, ces chiffres autorisés n’auraient pas été atteints faute de candidats.
La province de Bubanza est un exemple qui montre que beaucoup reste à faire pour répondre aux exigences d’un enseignement de qualité au Burundi. Selon nos informateurs sur place, à la rentrée scolaire 2009-2010, les 5 collèges qui avaient ouvert leurs portes n’avaient aucun n’avaient pas des enseignants de niveau Licence, d’où la nécessité s’est faite sentir de recourir aux enseignants de niveau D7
Au niveau de l’école secondaire, 94 classes dans cette province n’avaient pas de titulaires de classe. Certains écoliers restaient à la maison faute d’enseignants. Les besoins en personnel enseignants étaient estimés dans cette province à 200 à l’école primaire et 32 à l’école secondaire.
Quant à ce qui est du manque d’équipement, ces écoles nouvellement construites manquaient les tableaux noirs, fichiers de maître, les tôles et du ciment pour finaliser les classes en chantier, parfois, les craies et les pupitres manquaient. Les élèves dans certaines écoles s’asseyaient à même le sol pour prendre les notes.
Dans le secteur de l’économie l’année a été caractérisée par la montée des prix du prix des produits pétroliers. Le prix de l’essence est passé de 1500 à 1700, soit une augmentation de plus de 13,3%, celui de gasoil de 1500 à 1660, soit une augmentation 11%. Les prix des produits BRARUDI ont aussi augmenté, la bouteille Primus dans l’ordre de 13,33%, Amstel 65 cl de 5,55%, Amstel 33 cl de 11%, Amstel Bock de 7,69% et les boissons gazeuses de 14%. Le prix du sucre quant à lui est passé de 1250 à 1500, soit une augmentation de 20%. La montée des prix de ces produits entrainent dans leur sillage la montée des prix des autres produits de première nécessité.
Au chapitre des grèves, ces dernières ont été observées surtout dans deux secteurs à savoir la santé et l’éducation. Il en a été aussi de même dans les différentes prisons du pays. Les médecins ont passé plus de 3 mois en grève. Il est regrettable qu’au moment même de la présentation de ce rapport, les enseignants viennent de passer plus d’un mois dans une grève où même le service minimum n’est pas assuré.
IV. LES DROITS CATEGORIELS
Les actes de viol sur les femmes, les enfants, garçons inclus ont continué à être rapporté. Au cours de l’année 2009 plus de 165 cas de viols ont été enregistrés par les services de la ligue Iteka. Malgré la fin de la guerre, le phénomène de viol n’a pas cessé. A côté du phénomène de viol, beaucoup de cas de violence basée sur le genre ont été rapportés. La ligue Iteka a rapporté 8 femmes qui ont été tuées par leurs maris au cours de l’année 2009, 1femme tuée par ses demi-fils et un homme tuée par sa femme à l’aide d’un gourdin.
Au cours de l’année ci-haut mentionnée, les droits de l’enfant n’ont pas été respectés. Onze cas d’infanticides ont été enregistrés par les services de la ligue Iteka. De surcroit, des actes de traitements cruels, inhumains et dégradants ont été observés chez les enfants. A titre d’exemple, un enfant de la province Kayanza, commune Kabarore a été coupé un doigt par son père, il l’a grillé pour le lui faire manger, tandis qu’un autre a été ligoté dans la maison presque sur un autel (urusenge). Il a eu la vie sauve grâce aux passants qui ont entendu ses cris aigus.
Dans ce chapitre, il faut aussi mentionner qu’aux environs 100 jeunes des provinces Rutana et Makamba ont été amenés en Tanzanie pour travailler dans les plantations de tabac.
TENDANCES POUR LE PREMIER TRIMESTRE 2010
L’année 2010 a commencé avec une effervescence électorale.
Du point de vue sécuritaire, la criminalité n’a pas cessé au cours du premier trimestre 2010. au moins 30 personnes ont été assassinées au cours de ce premier trimestre. Des gens ont continué à être assassinés, notamment avec l’usage des armes à feu, en l’occurrence les grenades et les fusils, raison de plus de dire que le processus de désarmement de la population civile devrait continuer.
Concernant le processus électoral, il se remarque sur terrain des scènes de confrontations entre des militants des partis politiques qui se disputent le terrain de l’électorat. Certaines communes du pays comme Busoni et Bugabira à Kirundo sont le théâtre des affrontements entre les militants des différents partis politiques, surtout le CNDD-FDD et le FNL. Les médias font échos des entrainements para militaires dans le sud du pays surtout dans la commune Nyanza-lac, ayant provoqué la fuite des réfugiés récemment rapatriés.
Du point de vue socioprofessionnel, la grève prolongée des enseignants va avoir des conséquences terribles sur le droit à l’éducation. De négociations en négociation, le gouvernement et les syndicats ne sont pas encore arrivés à un consensus, les enfants et les parents attendent avec impatience le dénouement de cette affaire.
Du point de vue économique, une disette a sévi à Kirundo, provoquant des pertes humaines, mais aussi des déplacements de la population.
V. RECOMMANDATIONS
Face à cette situation, la ligue Iteka formule les recommandations suivantes :
Au Gouvernement :
D’assurer la sécurité des citoyens menacés par criminalité grandissante ;
De faire respecter les droits de la personne et des principes démocratiques surtout au cours de cette période électorale ;
D’accélérer le processus de mise en place de la Commission Nationale Indépendante des Droits de l’Homme ;
De réglementer les activités des jeunes affiliés aux partis politiques ;
De poursuivre en justice et punir les auteurs de tous les cas d’assassinats commis sur le sol burundais.
Aux partis politiques :
De mettre en avant les projets de société ;
D’éviter tout acte qui soit de nature à culminer dans la violence ;
De préserver la paix, la sécurité et la tranquillité des citoyens
Aux organisations de la société civile :
De suivre de près la situation socio-politique et sécuritaire qui prévaut dans le pays ;
De rester unies et de continuer à œuvrer pour l’intérêt national ;
De rester proche de la population surtout dans cette période électoral ;
De s’impliquer activement dans la promotion de la bonne gouvernance et le respect de la chose publique ;
De contribuer dans la quête de la paix, la sécurité et le respect des principes démocratiques.
Aux partenaires du Burundi :
De continuer à soutenir et d’appuyer le Burundi surtout dans cette période cruciale des élections ;
De suivre de près la situation sécuritaire, politique et socio-économique qui prévaut dans le pays ;
De contribuer à l’apaisement du processus électoral pour qu’il y’ait une élection libre, transparente et démocratique ;