L’interdiction des taxis-motos au centre ville de Bujumbura : la deuxième édition de tribune ouvre la porte aux motards
Un représentant de l’Association des motards AMOTABU a ouvert le débat.
Il a notamment dénoncé l’ingérence des autorités de la Mairie de Bujumbura dans le travail de l’Association des motards AMOTABU ; le détournement par la Mairie de plus de 165 000 000 de francs burundais provenant des cotisations des membres de cette association depuis mars 2010 ; les emprisonnements des responsables des motards en août 2010 ; les élections forcées et contestées du responsable de l’association, faites en commune de Gatumba en date du 30 juillet 2010 sous l’ordre des autorités de la Mairie.
Pour lui, la décision d’interdire la circulation des motos dans la ville de Bujumbura date du 3 décembre 2010 dans une réunion que les chefs PSR ont tenu à l’endroit des motards au stade FFB et émanerait des autorités de la Mairie de Bujumbura.
Selon ces motards, ce sont ces autorités de la Mairie qui ont par la suite influencé le gouvernement du Burundi en évoquant des arguments sécuritaires tout à fait déplacés et différents de la réalité.
Les représentants de l’AMOTABU regrettent le fait que la mesure ait entrainé des conséquences sociales et économiques très fâcheuses au niveau de plusieurs ménages burundais qui ne vivaient que de cette activité.
La plupart des propriétaires des motos et des tri-cyclistes les ayant obtenus par des dettes bancaires, les pertes sont énormes, selon les concernés.
Les Sociétés vendeuses des motos disent à leur tour être dépassées par la mesure qui les a privées de leur travail quotidien.
Selon les participants à cette deuxième Tribune, la mesure frappe aussi les utilisateurs de la moto. Celle-ci était devenue un moyen de déplacement rapide et moins cher dans un contexte généralisé de paupérisation grandissante dans le pays, remarquent-ils.
Les intervenants dans la Tribune regrettent le comportement irresponsable de certains agents de la police burundaise qui s’adonnent à la corruption causant ainsi l’insécurité routière, l’impunité et la multiplication des accidents de roulage.
Ils dénoncent les brutalités de certains agents de police qui déshumanisent l’application de la mesure en torturant, en incarcérant illégalement les motards pris en fragrant délit de violation de la mesure. Ils ont recommandé que les agents de police subissent des formations accélérées en rapport avec les textes de protection et de respect des droits de l’homme.
Les motards reconnaissent les manquements dont certains d’entre eux sont coupables mais trouvent que ces manquements ne peuvent pas motiver l’interdiction d’accès à certaines zones d’action dans la capitale. Pour eux, les motards fautifs doivent être punis et ceux qui travaillent correctement encouragés car ils participent, selon les intervenants, dans le développement du pays en payant notamment des taxes. En outre, s’étonnent -t-ils, certains éléments de la police font beaucoup de bavures mais on n’efface pas toute l’institution pour autant.
Le décideur doit éviter des généralisations qui peuvent l’induire en erreur quand il faut prendre des décisions, conseille un participant.
Interdire l’activité des taxis motards est une perte également au niveau du trésor de l’Etat qui enregistre 2500 Frs par trimestre pour chaque moto.
La tribune se déroule au moment où le Médiateur burundais (l’Ombudsman) venait de rencontrer le lendemain les parties en conflit c à d les représentants du gouvernement et ceux des motards pour écouter les uns et les autres en vue de lever le différend qui les oppose.
Les participants ont été informés des recommandations issues de cette rencontre dont notamment la mise en place d’une commission composée des représentants du Gouvernement et ceux des motards. Ils ont tous été unanime pour affirmer que cette commission méritait d’être élargie en y insérant d’autres partenaires. En effet, remarquent les participants, il est indispensable que les représentants des propriétaires des motos et tri cyclistes, ceux des transporteurs et de la société civile fassent parties de cette commission pour que rien n’échappe à cette dernière.
D’expériences, la mise en place des commissions est mal conçue au sein de l’opinion publique burundaise qui la considère comme une manœuvre du gouvernement pour s’échapper lentement à la problématique posée.
Les participants ont recommandé à la commission d’exiger préalablement la levée de la mesure d’interdiction des motards en ville avant de commencer les travaux proprement dits et de transmettre dans les très brefs délais le rapport à ceux qui l’ont mandaté pour qu’une mesure définitive soit prise.
Par ailleurs, les participants à la tribune font remarquer au Gouvernement qu’un communiqué de presse n’a pas force de lois et qu’il doit prendre habitude de toujours accompagner ses décisions par des décrets-lois. Le rapport de la commission devrait par conséquent permettre au gouvernement du Burundi de mettre en place une loi qui réglementerait le métier de taxi-moto.
Ils ont en outre recommandé aux pouvoirs publics de chaque fois consulter la Constitution du Burundi avant de prendre des décisions. La mesure d’interdire le mouvement des taxis motos dans la ville de Bujumbura est une violation flagrante de la Constitution dans ses articles 19 à 74.
Les participants ont salué le dialogue enclenché entre le gouvernement et les motards par le Médiateur de la République du Burundi.
Ils ont applaudi la présence du porte parole de la police à la tribune des droits de l’homme, qui a visiblement manifesté à travers son écoute empathique des victimes de la mesure et son engagement qu’il allait faire sienne les revendications des uns et des autres en les transmettant au Président de la Commission qui est de son Ministère.
Le porte parole a déploré les graves erreurs commises par les motards, il reconnu l’existence au sein de son corps des agents indisciplinés et saisit cette occasion pour conseiller les motards à refuser de payer les pots de vins et dénoncer plutôt les policiers coupables des infractions.
NK.E