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La Tribune des droits humains ouvre la porte aux Albinos

SIXIEME EDITION DE TRIBUNE DES DROITS HUMAINS

Compte rendu : Thème : La Sécurité des Albinos au Burundi : Quelles perspectives ?

Date : Le 23 mars 2011

Animateurs : Eric MANIRAKIZA : Modérateur, Mathias NDAYIRAGIJE et Léon MASENGO tous deux journalistes animateurs.

Panel : Madame KARISABIYE Jacqueline de la Direction générale des droits de la personne humaine et du genre, NININAHAZWE Godelieve de la Direction générale de la Solidarité nationale, BIGIRIMANA Anicet un Albinos de l’Association des Albinos sans frontière : Présentateur de l’Etat des lieux et NDAYIZEYE Joseph président de la Ligue Iteka.

NB : Le Ministère de l’intérieur et celui de la sécurité publique, les représentants du Sénat et de l’Assemblée nationale n’ont pas répondu à notre invitation

Parterre : Des représentants des organisations de la Société civile, des medias, des Albinos et de certains partis politiques.

Principales idées développées et recommandations émises :

Le présentateur Monsieur Anicet BIGIRIMANA a ouvert le débat.

Il a commencé par regretter les violations des droits et libertés dont les Albinos sont victimes. Des violations quotidiennes de droits de l’Homme qui se commettent dans leurs voisinages et leur entourage, à l’Ecole. Partout où l’Albinos se retrouve, constate amèrement le présentateur, il fait objet de discrimination, de rejet, de stigmatisation et d’injures parfois dangereuses qui heurtent son esprit et le mettent dans une situation sociale dégradante.

Selon le présentateur lui-même Albinos, des Albinos sont rejetés et méprisés par leurs propres parents, leurs enseignants, leurs voisins, leurs camarades et tout l’entourage. Leurs peaux et leurs yeux très vulnérables ne leur permettent pas la liberté de travailler sous le soleil.

Les enfants à l’Ecole souffrent d’une vue défectueuse qui les empêche de voir correctement ce qui se trouve sur le tableau noir et sont ainsi exposés à la colère ignorante et coupable de l’enseignant qui ne veut plus d’enfants qui le « dérangent » en lui posant beaucoup de questions.

Des mères sont chassées du domicile conjugal accusées simplement d’avoir mis au monde des enfants albinos qui, selon une certaine culture burundaise aberrante, seraient symboles de « médisance » et de « malédiction ».

L’Association des Albinos sans frontière a vu le jour avec le souci des responsables de combattre les préjugées et la discrimination sociales qui frappaient et continuent à faire mal à cette minorité sociale à qui les statistiques de mars 2010 faites en douze provinces du pays attribuent l’effectif de 627 individus.

Le point culminant de discrimination et de stigmatisation est atteint en 2008 quand les Albinos sont pourchassés et tués dans différents coins du pays.

A partir de ce moment jusque récemment en janvier 2011, 17 cas d’albinos tués sont déjà enregistrés. Les criminels des Albinos emportent avec eux certaines parties du corps de leurs victimes et des sources variées indiquent que ces parties sont vendues à des prix exorbitants dans les pays limitrophes du Burundi. Les os des albinos serviraient de rituel pour rendre florissant certains métiers tels la pêche et l’exploitation des minerais.

Le Vice Président de l’Association Albinos sans frontière Monsieur Anicet Bigirimana donne les effectifs des Albinos tués par provinces où les scènes macabres ont eu lieu. En province de Ruyigi(8), Cankuzo (4), Muyinga(2), Muramvya(1), Makamba(1), Kayanza(1).

Tout en remerciant certaines autorités judiciaires et administratives qui ne ménagent aucun effort pour protéger les Albinos, il s’inquiète d’une probable résurgence d’assassinats des Albinos dans certains endroits du pays où l’on ne voit aucune mesure prise allant dans le sens de prévenir et de protéger les victimes.

Pour lui, l’accalmie visible depuis janvier 2011 n’est pas du tout tranquillisante plutôt elle est inquiétante et mérite une attention particulière de la part de l’autorité publique, à tous les niveaux, qui a la protection des citoyens dans ses attributions. Ce silence, selon les responsables de l’Association serait une stratégie des criminels pour reprendre de plus belle et avec peut être plus de force les assassinats.

Les Albinos réclament par conséquent plus de vigilance et de responsabilité de la part de l’Etat pour une protection spéciale de cette communauté menacée de génocide. Le fait de les rassembler dans les centres communaux où centres provinciaux ne peut pas être une mesure définitive.

Le présentateur souhaite qu’une loi spécifique soit étudiée et promulguée pour répondre de manière satisfaisante aux multiples problèmes que vivent quotidiennement la communauté des Albinos du Burundi.

Le recensement fait en 2010 dans 12 provinces du pays montre les statistiques suivants par province : Bubanza(48), Cibitoke(56), Muramvya(41), Karusi (47), Kayanza(34), Muyinga(40), Rutana(24), Makamba(46), Gitega(54), Ruyigi(49), Cankuzo(55), Bururi(60).

L’Association ASF demande l’appui de ses partenaires pour faire le recensement dans les cinq provinces du pays où les effectifs ne sont pas encore connus faute de moyens.

Les représentants du Ministère de la Solidarité nationale, des droits de l’Homme et du genre ont informé le public présent que des efforts sont consentis par le Gouvernement pour sécuriser les Albinos : en les regroupant dans les endroits connus, en appréhendant certains criminels qui se retrouvent dans différentes prisons du pays et en organisant des réunions avec des responsables administratifs tanzaniens pour trouver ensembles des stratégies pour attraper et punir les criminels qui se replient généralement dans ce pays après leurs forfaits.

Ces responsables reconnaissent néanmoins que des mesures de protection spéciale demeurent urgentes pour protéger les Albinos dans leurs milieux de vie et en familles.

Les responsables administratifs de la base au sommet doivent se mobiliser et agir en synergie dans un système bien réfléchi pour la protection physique des Albinos.

La Tribune a offert une occasion aux Albinos pour exprimer leurs peines et leurs espoirs en rapport avec leur vécu au quotidien, leur situation sociale et professionnelle.

Les filles albinos souffrent plus que les hommes de marginalisation sociale car elles ne trouvent pas de maris pour la simple raison de leur peau dépourvu de mélanine.

Une femme albinos, dans la Tribune, qui avait avec elle son enfant non Albinos l’a témoigné en ces termes : « Le père de mon enfant a été obligé de laisser tomber son projet de me prendre en mariage parce que sa famille ne le lui a pas permis. Pourtant, nous avions noué des relations d’amitié qui lui avaient fait comprendre que j’étais une femme comme les autres femmes. »

L’Albinos est victime de stigmatisation, de rejet social et d’injures graves et traumatisantes.

Un jeune homme témoigne de cette triste réalité : « On m’a caché dans la maison les premiers douze années de ma naissance. Un jour, un groupe de policiers est passé tout près de moi et quand un d’entre eux m’a vu, il a crié en disant « Iboro » càd « une marchandise », les autres qui étaient avec lui ont rigolé. De mon côté, j’ai senti une peur panique, la sueur a coulé sur mon corps et heureusement, ils sont passés. Je me suis demandé après leur passage comment un agent chargé de sécurité des citoyens dont moi pouvaient se permettre une telle injure au moment où c’est lui qui était sensé nous protéger contre toute cette litanie d’injures qui s’abattent sur le groupe des Albinos. »

Une femme albinos témoigne avoir été traitée de « imari yova mwo amafuso 10 » cela signifie « une grande richesse d’une valeur de 10 camions fusso qui transportent beaucoup de tonnes de marchandises ». Elle ajoute qu’elle ne peut plus aller puiser de l’eau par peur d’être tuée.

« Ces qualifications et ces injures me détruisent, je tremble de peur et me confine dans le désespoir », désespère une fille albinos dans la Tribune.

Un homme albinos se réjouit d’avoir mis au monde 10 enfants mais regrette de n’avoir mis au monde aucun enfant albinos : « J’ai atteint le nombre de dix enfants parce que j’essayais encore une fois de plus pour voir si je pouvais avoir un enfant albinos », confie-t-il à l’assemblée présente dans la Tribune des droits de l’Homme.

Compte tenu de leurs problèmes physiologiques et physiques, il existe des activités que les albinos ne peuvent pas faire pour la simple raison que leurs corps ne résistent pas aux rayons du soleil. Ainsi, les participants à la Tribune recommandent que les Albinos soient protégés à l’Ecole pour qu’ils développent leurs potentialités intellectuelles car aucun développement des albinos ne peut être possible sans les études, constatent-ils.

Les albinos qui terminent les études devraient être privilégiés pour accéder aux emplois publiques, recommande les participants à la Tribune.

Le panel et le parterre convergent pour demander à l’Administration publique de s’impliquer résolument dans la sensibilisation et l’éducation de la population pour que cette dernière soit consciente de la souffrance qu’endurent les Albinos face à ce vécu déshonorant dont ils sont victimes.

L’Administration à tous les niveaux devrait combattre les injures, les insultes, les stéréotypes et d’autres mauvaises qualifications dirigées à l’endroit des Albinos dans les différentes localités du pays. Elle doit aider la population à comprendre les causes qui sont à l’origine de l’albinisme et ainsi la contraindre à considérer les albinos comme des personnes méritant le respect que doit jouir tout humain.

Les albinos sont à leur tour conseillés et recommandés de porter plainte en cas d’insultes ou d’injures graves conformément aux dispositions de la loi pénale qui punissent ce genre d’infractions. Ils doivent, à travers leur association, continuellement proposer des projets où des activités qui vont dans le sens de leur promotion et de leur protection.

Les représentants du Gouvernement présents dans la Tribune disent comprendre la situation malheureuse dans la quelle vivent les Albinos et trouvent que la question interpelle tous les services ministériels : éducation, sécurité, santé, solidarité nationale, droit de l’Homme, Ministère du travail, Ministère de l’intérieur, le service de recensement....

Des réunions entre différents partenaires sont indispensables en vue de voir ensembles la problématique des albinos et le processus de changement de comportement politique et social vis-à-vis des albinos et d’autres catégories de personnes en situation de vulnérabilité et de marginalisation.

NK.E

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