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Bulletin ITEKA n° 69 janvier 2005

SITUATION DES DROITS DE L’HOMME

Ces nouvelles sont produites grâce à l’aide financière de l’Union Européenne. Leur contenu relève de la seule responsabilité de la Ligue ITEKA et ne peut être considéré comme reflétant la position de l’Union Européenne

LES PROVINCES KIRUNDO ET MUYINGA DECLAREES "ZONE SINISTREE DE FAMINE "

Le Gouvernement burundais a déclaré le 7 janvier 2005 les provinces de Kirundo et de Muyinga « zone sinistrée par la famine ». Pour faire face aux charges qui résultent de cette calamité naturelle, le gouvernement a instauré une loi obligeant tous les citoyens burundais à contribuer à la solidarité nationale.

Le ministre burundais des relations extérieures et de la coopération, M.Thérence Sinunguruza a invité le 7 janvier la communauté internationale à emboîter le pas aux burundais en assistant ces sinistrés de la famine, au cours d’une réunion tenue à l’intention du corps diplomatique et consulaire, les représentants des organismes internationaux et des ONGs oeuvrant au Burundi.

Pour une bonne coordination de l’acheminement et de la distribution des aides et pour éviter des abus éventuels, un comité interministériel présidé par le vice-président a été créé.

Des commissions provinciales viennent d’être mises sur pied pour suivre au quotidien la distribution des vivres sur base des listes validées des bénéficiaires pour éviter des abus éventuels. . DES CAS DE MORT ET DES EXILES DANS LES PROVINCES DU NORD DU BURUNDI SUITE A LA FAMINE

La Ligue ITEKA a effectué une descente dans les provinces du nord du pays du 28 au 31 décembre 2004 pour s’enquérir de la situation qui y prévaut.

0.Introduction.

La famine qui sévit dans le nord du Burundi est consécutive à l’irrégularité des précipitations observée depuis 1998.En effet ,depuis cette période ,cette région n’a pas connu un climat favorable aux bonnes récoltes. Le point culminant a été en l’an 2000 où les écoliers avaient complètement déserté les classes et pour les inciter à retourner à l’école, il a fallu instaurer le programme de cantine scolaire.

Au cours de l’année 2004,les communes de Bugabira et Busoni de la province de Kirundo n’ont connu aucune saison agricole et par conséquent, la famine atteint son comble. Pour faire face à cette situation,on assiste à des cas de vente de propriété foncière ,des maisons d’habitation, des briques ,du cheptel, des habits jusqu’aux ustensiles de cuisine .

Quand il n y a plus à vendre ,les famille entières se déplacent vers les localités où la situation alimentaire est bonne.

Certains ménages vont vers les pays voisins comme le Rwanda, la Tanzanie et l’Ouganda pour bénéficier de l’assistance du H.C.R, d’autres restent sur placent et sont condamnés à vivre de mendicité en attendant la distribution du PAM par ailleurs insignifiante.

C’est dans ce groupe que des cas de décès sont déclarés car sans l’assistance du PAM, beaucoup de ménages n’ont rien à manger. En province de Ngozi ,la situation est presque la même car des sources bien informées affirment que 20 cas de décès ont été enregistrés dans trois communes à savoir Kiremba, Ruhororo et Gashikanwa depuis le mois d’octobre 2004.

A Muyinga, 27 cas de décès suite à la famine sont aussi déclarés. La province de Kayanza n’a pas encore constaté de décès, mais là aussi, la flambée des prix des produits de première nécessité en dit long. Il est alors regrettable de voir que le gouvernement n’a rien fait devant pareille situation. Seul le centre nutritionnel et thérapeutique sous la responsabilité de l’ ONG IMC( International Medical Corps) et le PAM sont venus en aide à cette population sinistrée.

I.Situation dans les différentes provinces.

I.1Province de Kirundo

La province de Kirundo est sévèrement touchée par la sécheresse. En effet, depuis six ans, elle a été caractérisée par une faible pluviométrie, ce qui a pour corollaire une situation de famine.

Selon le gouverneur, M. Philippe Njoni, cette situation était prévisible du moment que l’année agricole 2004 n’a connu aucune saison culturale dans certaines communes. Des contacts ont été menés avec les ONGs oeuvrant dans le volet alimentaire dont le PAM, la FAO et la CRS en compagnie de la DPAE Kirundo mais les actions concrètes tardent à venir. Le problème a été porté à la connaissance du gouvernement et du parlement mais aucune réaction jusqu’à présent.

une victime de la famine à Kirundo
 
Pour le moment, la population sinistrée s’élève à plus de 80.000 ménages avec une charge familiale en moyenne de 6 personnes. En vue d’assurer une alimentation jusqu’à la première récolte (estimée à 4 mois),on a besoin environ de 20 milliards de francs burundais.

Un programme d’une telle somme ne peut être réalisé par un partenaire isolé, c’est pourquoi une synergie dans l’action serait efficace. Au niveau de la distribution de l’aide par le PAM,,il faut signaler que la couverture est de 80%de la population vivant sur le terroir et comme toute la population est devenue vulnérable, les autorités à la base essaient de partager la ration des 80% à 100%.Ceci a comme conséquence la diminution de la quantité destinée au ménage.

Un autre problème est l’irrégularité dans la distribution car 31,5kg de maïs ,9,5kg de petit pois et 1,5l d’huile de coton estimés pour 15 jours par ménage peuvent rester les mêmes durant tout le mois. C’est pourquoi les cas de malnutrition et de décès sont devenus monnaie courante.

Liste des personnes mortes de famine en commune de BUGABIRA ET BUSONI

Commune BUGABIRA :cas de décès N° Nom et prénom Age Colline Commune date 1 NDANISHAMBA 45 ans nyamabuye BUGABIRA 12/2004 2 MACUMI 28 ans nyamabuye BUGABIRA 12/2004 3 HARERIMANA 58ans kigoma BUGABIRA 17/12/2004 4 NKURIYI NGOMA 43 ans kigoma BUGABIRA 20/12/2004 5 Le fils de NKURIYINGOMA - kigoma BUGABIRA 20/12/2004 6 MUKARUTESI 40 ans kigoma BUGABIRA 8/12/2004 7 La fille de MUKARUTESI 8ans kigoma BUGABIRA 12/2004 8 LE FILS DE MUKARUTESI 13 ans kigoma BUGABIRA 12/2004 9 ENFANT DE GISAMAJONGO 10 ans kigoma BUGABIRA 12/2004 10 SINZOTUMA 60ans kabirizi BUGABIRA 12/2004 11 RUHERE Jean 70ans Gitwe BUGABIRA 16/12/2004 12 MBANZABUGABO Joseph 60ans Gitwe BUGABIRA 05/12/2004 13 NABUZINYA (veuve) 90 ans Gitwe BUGABIRA 18/12/2004 14 KAMPAYANO 38ans Gitwe BUGABIRA 08/12/2004 15 MBANZENDORE Benoît 40ans Gitwe BUGABIRA 11/2004 16 MUKESHIMANA Florida 35 ans Gitwe BUGABIRA 15/12/2004 17 NKURIYINGOMA 40ANS Gitwe BUGABIRA 18/12/2004 18 MIBURO - Gitwe BUGABIRA 12/2004 19 MUKARARINDA 25 ans Rugasa BUGABIRA 09/2004 20 UNE VEUVE 45ans Rugasa BUGABIRA 29/12/2004 21 RUKURUBUGU 73ans Kigoma BUGABIRA 12/2004 22 VYANGENZA 30 ans Kigoma BUGABIRA 10/2004

Cas de décès de la commune BUSONI

N° Nom et prénom secteur commune 1 MACUMI BINIGE GATEMERE BUSONI 2 KANKINDI Francine GATEMERE BUSONI 3 MBONABUCA GATETE BUSONI 4 UNE FEMME RWIBIKARA BUSONI 5 MUKESHIMANA KIBO NDE BUSONI 6 TOYI KIBO NDE BUSONI 7 CIZA KIBO NDE BUSONI 8 KEPERI KIBO NDE BUSONI 9 UNE PERSONNE MUKERWA BUSONI 10 UNE PERSONNE RUGARAMA BUSONI 11 MBERAMIHITO VYANZO BUSONI 12 BARAKANMFITIYE Marie GATETE BUSONI

Le total des décès pour les deux communes s’élève à 35 cas

En matière de malnutrition, le CNT assiste dans son unité d’hospitalisation 157 enfants malades et 157 accompagnateurs. Dans les centres de santé, la supplémentation de l’alimentation concerne plus de 2500 bénéficiaires assistés à domicile car leurs cas ne sont pas trop sévères. Malheureusement leur ration est partagée avec d’autres enfants du ménage.

Concernant les ventes de biens, il serait impossible de dresser une liste exhaustive. Néanmoins, nous avons relevé plus de 130 cas de vente de biens servant à la pérennité de la vie familiale dont la toiture, la terre et la maison. Dans ce cas d’espèce, les ménages sont obligés de quitter l’endroit où de vivre de mendicité. Par exemple dans le site de Marembo,66 ménages ont franchi la frontière rwandaise suite à la famine.

Au point de vue éducation, beaucoup d’enfant ont abandonné l’école par manque de frais scolaire mais aussi par manque d’une alimentation. Ces écoliers sont obligés de chercher du bois de chauffage avec leurs parents pour faire le troc contre nourriture au Rwanda.

I.2 Province de Muyinga

La province de Muyinga est aussi sous le choc de la famine car elle est voisine de la province Kirundo. Selon les information recueillies auprès de l’observateur des droits de l’homme de la Ligue ITEKA, des cas de mort suite à la famine sont déjà constatés dans les communes de Gasorwe, avec un effectif de 15 cas, 9cas en commune Buhinyuza ,2 cas en commune Gashoho et un cas en commune Muyinga.

Le nombre total de décès connu jusqu’au 31 décembre 2004 est de 27 cas dans la province. Des cas de vente de biens ne sont pas rares , en témoigne la disponibilité sur le marché des tôles déjà utilisées. Pour venir en aide à cette population, l’ONG Agro-Action-Allemande a initié un programme travail contre nourriture appelé en anglais « food for work »et le centre nutritionnel de Muyinga se charge des cas de malnutrition.

I.3.Ngozi et Kayanza

En province de Ngozi, l’ampleur de la famine est inquiétante, plus de 20 cas de décès dans seulement trois communes à savoir 7 cas de décès en commune kiremba, 7 cas en commune Gashikanwa et 6 cas en commune Ruhororo. Il faut cependant noter que la commune de Kiremba est la plus touchée par la famine. Signalons aussi que les communes de Busiga et Ngozi connaissent une situation alimentaire relativement bonne par rapport aux autres communes.

Le PAM a déjà répondu à l’appel, malheureusement la quantité distribuée est insuffisante pour les ménages dépourvus de toute autre chose. Une autre organisation qui a déjà prêté main forte pour sauver les enfants est le centre nutritionnel et thérapeutique de Kiremba qui enregistre chaque jour 20 personnes.

Liste des personnes mortes en province NGOZI

Liste des personnes mortes de famine en commune de KIREMBA. N° Nom et prénom des victimes colline sexe Age Date de décès Nom et prénom du père Nom et prénom de la mère profession 1 Nsabimana mMarguerite Musanga F 45 23/12/2004 Nsaguye samson Nayingoma cultivateur 2 Hatungimana Constance Musanga F 45 17/12/2004 Wuhaye Augustin Barankenguje monique cultivateur 3 Ndayiragije lyse Musanga F 1 18/12/2004 Misigaro patrice Uwizeyimana Espérance sans 4 Mpabonimana Madeleine Musanga M 45 5/12/2004 Ruracekeye Barasokoroza cultivateur 5 Mfatavyanka Paul Musanga M 61 20/12/2004 Ntibishemeye Mère inconnue cultivateur 6 Nzohabonimana Cyprien Musanga M 38 8/12/2004 Rwasa Ndamugoranywe cultivateur 7 Nsavuye samson Musanga M 53 23/12/2004 Rurahemuka - cultivateur

Liste des personnes mortes de famine en commune de Ruhororo. N° Nom et prénom des victimes colline sexe Age Date de décès Nom et prénom du père Nom et prénom de la mère profession 1 Furebo (veuf) Taba 2 M 72 15/10/04 Décédé Décèdé cultivateur 2 Mpozumwami Banda M 57 31/10/04 Décédé Décèdé cultivateur 3 Bakanura victor(veuf) Ruhororo M 59 10/10/04 Nivyabandi Sabuhene cultivateur 4 Butoyi abraham(veuf) Cagura M 55 28/11/04 Gakenkanya Décèdé cultivateur 5 Niyonzima (célibataire) Mutobo F 27 4/11/04 Gihara Minani Berthe cultivateur 6 Niyonzima Site Ruhororo F 50 6/12/04 Décédé Décèdé cultivateur

En province de Kayanza, les cas de décès ne sont pas encore déclarés mais aussi la situation n’est pas meilleure au regard de la flambée des prix depuis le mois d’octobre 2004. La maigre récolte a été achetée par les commerçants pour la vendre surtout au Rwanda où le bénéfice est substantiel par rapport aux marché locaux. Le tableau ci dessous donne l’idée de la rareté des produits agricoles de première nécessité.

Evolution des prix au centre ville de kayanza

article mesure Octobre 2004 Décembre 2004 Prix en FBU Prix ne FBU Riz 1kg 650 750 Sorgho 1kg 250 300 Haricot 1kg 380 460 Farine de manioc 1kg 250 320 Sucre 1kg 800 1000 Patate douce 1kg 200 300 Pomme de terre 1kg 160 160 Tomate 1kg 400 600 Avocat 1 pièce 40 50 Régime de banane 1kg 1000-1500 2000-3000 Farine de maïs 1kg 350 400

Au cours du mois de décembre 2004 ,aucun intervenant n’a assisté la province de Kayanza.

Conclusion et Recommandations

La famine qui sévit dans le nord du Burundi est la conséquence d’une irrégularité des précipitations depuis 1998.Déjà en 2000, pareille situation est arrivée en province de Kirundo.

Pour le moment , la situation est plus que préoccupante, plus de 82 cas de mort dans les provinces de Kirundo ,Ngozi et Muyinga et plus de 130 cas de vente de propriétés,beaucoup de cas d’exilés et de malnutrition sont le reflet de cette famine dans certaines communes. S’agissant du domaine de la santé, beaucoup de pièces d’identité sont saisies pour cause de factures impayées, par exemple au centre de santé de Marembo, on a plus de 100 cartes.

Pour épauler la population jusqu’à la première récolte,il faudrait au moins 40 milliards de franc burundais dont 20milliards pour la seule province de Kirundo. Il est alors très regrettable que jusqu’à présent, le gouvernement et le parlement n’ont rien fait alors qu’ils sont sensés protéger la population contre toute forme de danger.

Recommandations : Nos recommandations sont adressées à l’endroit du gouvernement,des ONGs oeuvrant dans l’humanitaire et à la ligue ITEKA.

Au gouvernement :
-  De rendre disponibles à travers le ministère de l’Agriculture et de l’Elevage des semences à cycle végétatif court pour avoir une récolte le plus rapidement possible.

-  Fournir des semences de patate douce et chercher une variété de manioc résistante à la mosaïque.

-  Procéder au repeuplement du cheptel en voie de disparition dans certaines commune de Kirundo, surtout le petit bétail.
-  Organiser une table ronde des bailleurs et solliciter la coopération bilatérale et multilatérale pour mener une action d’envergure sinon les efforts consentis à la recherche de la paix risque de se réduire à néant.

-  Chercher les semences forestières adaptées à la région de Bugesera en proie aux termites.

-  Utiliser de manière rationnelle les eaux des lacs conformément à la préservation de l’environnement.

-  Aménager un dispositif de rétention de l’eau de ruissellement sur les collines autour duquel il faut constituer les ceintures vertes.

Aux ONGs de :
-  Couvrir 100% de la population dans certaines communes qui comptent plus de vulnérables.

-  Augmenter la quantité à distribuer et respecter le calendrier pour ne pas enregistrer encore de cas de décès.

-  Travailler en synergie pour servir efficacement .

A la ligue ITEKA de :

-  Suivre de près l’évolution de la situation pour informer l’opinion et inciter les bienfaiteurs et le gouvernement à réagir positivement face à cette situation.

-  Faire comprendre aux autorités au haut niveau que la famine doit être au centre des préoccupations du gouvernement et de l’Assemblée Nationale au lieu de s’intéresser seulement aux élections.

NINTERETSE Onesphore

Le gouverneur de la province de Bubanza assassiné dans une embuscade .

Dimanche le 23 janvier 2005 vers 17h45, sur la route Bujumbura Bubanza entre la 8ème et 9ème avenue en commune de Gihanga dans la province de Bubanza, deux véhicules en provenance de Bujumbura,dont celui du gouverneur de la province Bubanza, sont tombés dans une embuscade tendue par des hommes en bérets noirs et uniformes militaires.

Il s’agissait du véhicule du gouverneur de la province Bubanza, Bigirimana Isaie et un autre véhicule à bord duquel se trouvaient trois parlementaires et deux sénateurs.

Les auteurs de l’embuscade étaient en train de les regrouper selon leurs appartenances politiques quand subitement des militaires de l’armée régulière de la position de Kumubugu sont intervenus. Il y a eu échange de coups de feu et avant de se replier, ces hommes armés ont tiré sur le gouverneur de Bubanza et son agent de sécurité qui ont trouvé la mort sur le champs.

46 rebelles du Palipehutu- Fnl tués et 30 armes saisies.

Quarante-six rebelles du mouvement Palipehutu-Fnl ont été tués et une trentaine de fusils ont été saisis par l’armée régulière et les combattants du Cndd-Fdd le 1er janvier 2005 à Mayemba et Gasarara en commune Nyabiraba de la province de Bujumbura rural.

Selon le porte-parole de l’armée burundaise, le commandant Adolphe Manirakiza, les rebelles du mouvement Palipehutu-Fnl avaient attaqué la veille une position des anciens combattants du mouvement Cndd-Fdd à Mayemba. L’armée régulière les a poursuivis jusque dans la vallée de Gasarara où ils les ont pris en sandwich.

Le commandant Manirakiza déplore du côté de l’armée régulière la mort de trois éléments et trois autres blessés. Ces rebelles du Fnl seraient venus de la République Démocratique du Congo, selon le commandant Manirakiza. Ils sont passés par la réserve naturelle de Rukoko avant d’atteindre la province de Bujumbura rural. Ces affrontements ont par ailleurs provoqué le déplacement d’environ 30.000 personnes vers Nyabibondo, Muyira et Nyabiraba.

Plus de 40 morts dans 2 accidents de roulage.

Dix-neuf personnes ont trouvé la mort dans un accident de roulage le 3 janvier 2005 au niveau de la rivière Gikoma en zone Benga dans la province de Bujumbura rural sur l’axe routier Bujumbura-Bugarama.

Ces victimes voyageaient à bord d’un minibus en provenance de Bukeye dans la province de Muramvya. Le minibus qui roulait à grande vitesse a foncé dans le ravin de Gikoma suite à une crevaison d’un pneu. Sur les 24 personnes qui étaient dans le minibus, 19 personnes sont mortes sur le champs et quelques blessés graves ont été évacués vers le centre hospitalo-universitaire de Kamenge.

Par ailleurs, un autre accident mortel a coûté la vie à 24 personnes et plus d’une trentaine d’autres grièvement blessées le 5 janvier 2005 à 9 heures du matin à Musebeyi, colline Rusagara, Zone Rugoje en commune Mugina de la province Cibitoke sur la RN 10 Mugina- Mabayi.

Un véhicule de transport de marchandises de marque FUSO appartenant à Nshimirimana Joseph, un commerçant de Mabayi, transportait des bidons de vin de banane, des sacs de patate douce, des bananes et 67 personnes qui se rendaient au marché de Nyeshenza.

Le véhicule roulait à grande vitesse et quand le chauffeur a voulu ralentir au tournant, le frein a lâché et le véhicule est allé se heurter tout droit sur les bords de la route et s’est renversé.

ACTIVITES DE LA LIGUE ITEKA

Formation des albinos en droits humains.

La Ligue ITEKA a organisé du 13 au 14 janvier 2005 une formation des formateurs à l’endroit des membres de l’association « Albinos sans frontières ».

La catégorie des albinos est une catégorie victime de stigmatisation dans la société burundaise et qui a un besoin énorme de réhabilition.

Formation des élèves du club scolaire de Mweya en informatique.

Les élèves du club scolaire des droits de l’homme du lycée de Mweya, en province Gitega ont débuté le 16 janvier 2005 une formation en informatique au cybercafé de la Ligue ITEKA situé à Gitega. Ces élèves viennent en groupes et vont être initiés à quelques logiciels tels que Ms word ainsi qu’internet.

Cette formation leur permettra de correspondre avec des amis français de Bayonne avec lesquels leur club est en jumelage.

Assemblée générale de la Ligue ITEKA.

La Ligue ITEKA a tenu le 30 janvier 2005 son assemblée générale ordinaire. Divers points ont été analysés dont les rapports narratif et financier de l’exercice 2004, le plan d’action 2005 et les divers.

 
une vue des participants
Les rapports annuels ainsi que le plan d’action 2005 ont été adoptés. Dans les divers, la situation des droits de l’homme dans le pays a été passée en revue. Le constat général est que l’année 2004 a été relativement bonne sur le paln sécuritaire excepté dans Bujumbura rural et une partie de Bubanza où le Palipehutu-Fnl d’Agathon Rwasa se bat toujours.

Des cas d’embuscades sur certaines routes, de vols à main armée ont été signalés dans plusieurs provinces, des cas d’empoisonnement à travers la boisson dans Muramvya( 9 personnes déjà décédées), des cas d’exécutions extrajudiciaires, de chasse aux sorciers.

ENQUETE

Des accidents de la route aux responsabilités diversifiées Vital Nshimirimana

De nos jours, l’accident de la route est devenu une préoccupation de toutes les sociétés du monde.

Le rapport de l’ONU en l’an 2004 annonçait que l’accident de la route était la troisième cause de mortalité au monde après la guerre et le sida.

Au Burundi plus qu’ailleurs où la circulation routière est laissée aux caprices inassouvis des conducteurs qui s’engagent dans la circulation à bord des véhicules très vétustes, l’usager de la route se trouve être la victime potentielle d’un accident à survenir chaque minute et ce à cause de l’excès de vitesse, du mauvais chargement ou de l’état défectueux du véhicule.

Il n’existe plus certes les voitures nerveuses comme la Volvo des années 60 mais des gens perdent leur vie au cours du voyage et les responsabilités sont partagées entre l’Etat, le gendarme et le passager lui -même.

I. Etat des lieux

Depuis un bon bout de temps, on assiste à une prolifération d’automobiles, engins, motocyclettes, cycles.

Parallèlement, le nombre de personnes qui circulent sur les routes est devenu de plus en plus croissant depuis que certains ont fui la campagne, d’autres affluant dans les villes pour y chercher du travail.

A Bujumbura plus qu’ailleurs, piétons, engins automoteurs, cycles et motocyclettes se disputent la route on ne peut plus exiguë.

Le conducteur peu rodé à l’art de conduire se trouve mal à l’aise de s’engager dans l’intense circulation assez mal réglementée si bien que des accidents en cascade s’observent presqu’au quotidien et nombre de personnes y perdent leur vie.

Avec l’avènement des forces onusiennes, les routes sont débordées et lorsque leurs engins causent des accidents, il n’est pas toujours aisé d’établir leur responsabilité, tant que ces contingents échappent à la législation nationale

Le problème de roulage s’est posé depuis quelques années mais il faudra attendre que deux accidents meurtriers surviennent sur les routes Bujumbura-Bugarama et Cibitoke-Mugina emportant du coup, 40 personnes pour que le problème suscite du remous dans l’opinion.

De surcroît, on est habitué de voir que les Burundais commencent à parler lorsque les dégâts se déchaînent et se taisent après quelques temps.

Voilà que le contrôle routier assez rigoureux s’est intensifié et la rafle commencée le 6 Janvier 2005 aura montré que peu de véhicules satisfont aux conditions exigées pour s’engager dans la circulation.

Comment en est-on arrivé là ?

Simplement parce que le contrôle routier a toujours été une comédie, les propriétaires desdits véhicules étant pour la plupart des hauts gradés de l’armée ou des hauts cadres. Finalement ce sont des véhicules dépourvus du système d’allumage, quelques fois ayant des réservoirs de carburant improvisés ( un bidon placé non loin du volant sert de réservoir d’essence ) qui assaillent les routes. Par ailleurs, la plupart de ces véhicules ont des portières qui donnent en plein milieu de la route, ce qui expose le passager qui risque de se faire écraser à la descente du bus.

Tout cela se fait parce que le contrôle routier est laissé à la volonté des convoyeurs qui font la loi dans le monde du transport en commun.

Lorsqu’on ose dire un mot, le chauffeur dira : « c’est le véhicule du colonel, où iras-tu te plaindre ? »

Une certaine opinion dit que ces véhicules seraient chassés dans les Etats voisins pour venir opérer au Burundi sous la bénédiction de l’œil peu vigilant de la police de roulage.

II. Les responsabilités sont partagées

1. Manque de contrôle par l’Etat

La période de guerre qui sévit au Burundi n’a pas épargné le domaine du transport. L’insuffisance des moyens de vie dans les couches laborieuses a poussé certains à investir dans le transport. Assez souvent, ce sont des véhicules destinés, non pas au transport des personnes mais des objets, qui deviennent les champions de transport urbain. A Bujumbura, il suffit de voir combien les vitres des minibus Hiace qui ouvrent pour laisser circuler l’air. D’autres ont été achetés à des sociétés après qu’ils se soient sérieusement amortis.

Le constat est qu’aujourd’hui, la plupart de ces véhicules accusent un système de démarrage déficient si bien qu’ils ne démarrent qu’à condition d’être propulsés.

Ces véhicules ont continué et continuent à circuler mais l’on saura qu’ils étaient en mauvais état le jour de l’accident car le chauffeur et le gendarme se sont toujours tus.

Bujumbura est ainsi devenu le dépotoir des véhicules vétustes et hormis l’accident, le voyage à bord de ces véhicules suppose le consentement à voir son habit déchiré.

L’office du Transport en commun ( OTRACO) a été institué dans les années 80 et a reçu un don de la coopération nippo-burundaise et a pour mission d’assurer le transport en commun, desservant la plupart des coins du pays et assurer le contrôle technique des automobiles.

Aujourd’hui, le contrôle technique est assuré par ledit office mais enfin de compte, qui contrôle qui lorsque l’on trouve rarement de sièges dans ses véhicules, et qui plus est s’érigent désormais en mauvais exemple de l’excès de chargement.

L’opinion largement répandue étant « OTRACO ntiyuzura » ( le véhicule de l’OTRACO n’est jamais plein).

2. Le rôle du gendarme

La circulation routière est soumise au contrôle de la police spéciale de roulage ( PSR ), division de la gendarmerie nationale.

Même pendant la période des combats intensifs, la présence des gendarmes assurant le contrôle routier était presque permanente.

Curieusement, des centaines de véhicules en mauvais état sont parvenus à tromper leur vigilance et ont assailli les routes du Burundi.

Assez souvent, le gendarme fait semblant d’être rigoureux lorsqu’il demande les pièces au chauffeur mais cette demande, on l’a vu, est synonyme d’offres, le petit billet de 2000Fbu suffit pour permettre au véhicule de continuer son voyage, peu importe s’il est en mauvais état ou trop chargé. Sinon, comment justifier qu’un véhicule quittant Bukeye puisse filtrer 5 postes de police de roulage pour faire un accident presque à l’arrivée sur Bujumbura ?

3. Du code de la route et du permis de conduire

Sur le plan juridique, il existe un code de roulage, par ailleurs vieux d’un demi- siècle, qui fut institué par l’ORU N° 660/206 du 11 septembre 1958 lorsqu’il n’y avait qu’une dizaine de véhicules.

Depuis lors, ledit code n’a reçu que quelques modifications, l’ordonnance n° 540 /181 du 17 Juillet 1980 n’étant venue que pour modifier le montant des redevances exigées pour l’obtention du permis de conduire.

Les infractions au code de la route exposaient leurs auteurs à des peines de servitude pénale ne dépassant pas 2 mois et d’une amende ne dépassant pas 2000Fbu, des peines assez sévères en 1958 mais trop douces en 2005.

Actuellement, le code de la route est assez souvent violé d’autant plus que des conducteurs toujours plus nombreux ignorent ledit code. La procédure pénale en la matière est inefficace, certains contrevenants au code de la route préfèrent ne pas comparaître pour se disculper et les assignations sont faites à domicile inconnu.

A titre illustratif, au tribunal de Résidence Rohero, pour une période de 6 mois ( 2ème semestre du 2004), sur 59 affaires pénales jugées, 45 étaient relatives aux accidents de la route, 19 l’étaient à domicile inconnu.

Le permis de conduire quant à lui, est assez souvent délivré dans des conditions obscures sans que le conducteur ne satisfasse aux conditions exigées.

Comparablement aux autres législations telle que la législation belge, où le permis de conduire doit être délivré après que l’intéressé ait satisfait aux conditions exigées par la loi, au Burundi l’obtention du permis de conduire obéit peu au prescrit de la loi.

Normalement, l’obtention du permis de conduire devrait être soumise à un examen théorique attestant de la connaissance du règlement de roulage ( art 4) et d’un examen pratique portant l’habileté à conduire un véhicule ( article 6).

Pareils examens sont rarement organisés si ce n’est que pour les militaires mais la délivrance des permis de conduire s’opère au quotidien.

Les conséquences sont nombreuses et dures, la méconnaissance du code de la route conduit plus d’un conducteur à l’enfreindre.

On constate que les conducteurs enfreignent souvent au prescrit des articles 26, 16 et 17.

L’article 26 oblige les conducteurs à régler leur vitesse et à avoir des précautions pour s’arrêter devant tout obstacle.

L’infraction à ladite disposition conduit certains conducteurs à percuter d’autres ou leurs véhicules se renversent par excès de vitesse ou cognent des piétons.

L’article 16 oblige le conducteur à faire diligence lorsqu’il doit céder passage aux autres usagers de la route tandis que l’article 17 oblige au conducteur d’être prudent lorsqu’il doit effectuer quelques manœuvres sur la route.

4. L’infrastructure routière déficiente

Construites pour la plupart dans les années 80, les routes qui relient différents coins du pays sont dans un état défectueux et sont rarement réparées.

Les routes RN3 Bujumbura-Rumonge et RN5 Bujumbura-Rugombo sont les hôtes des coupures parsemées à chaque kilomètre. Les routes RN1 et RN7 fréquentées par de gros engins subissent le même sort. D’autres ne sont même pas goudronnées, l’on aura longtemps attendu que la route Gitega-Karusi soit goudronnée, rêve qui ne se réalise pas encore.

De la signalisation routière, il n’en reste que des traces surtout lorsqu’on se souvient des signaux lumineux des années 1998 qui avaient coûté une fortune à l’Etat. Le système n’aurait pas fonctionné plus de 4 mois.

Cependant, la signalisation routière est d’une importance capitale car en effet, les signaux sont là pour établir avec insistance que même une civilisation à moteur a besoin d’une réglementation.

Par ailleurs, la signalisation routière constitue une information immédiate et déshumanisée et est perceptible aux automobiles toujours rapides et pressés.

Lorsque nous parlons de la déficience de l’infrastructure routière, c’est l’Etat qui est pointé du doigt. On constate avec amertume que la plupart des avenues et boulevards sont devenus peu praticables (boulevard de l’Uprona, avenue de la JRR, avenue Pierre Ngendandumwe ... , d’autres deviennent le dépotoir des déchets sous l’œil impuissant de l’autorité. Un exemple parlant est l’avenue joignant Bwiza à Jabe constamment pleine d’immondices.

Le parking des véhicules desservant le sud de la capitale est dans un état indicible, tant pis si tu y vas pour participer aux cérémonies nuptiales. L’on verra les badauds se payer le luxe de transporter sur leur dos les clients qui veulent se rendre à l’agence de l’inter bank située de l’autre côté de la rue lorsque celle-ci s’est transformée en une « rivière » faute de canalisation.

L’état défectueux de la route joint au manque de signalisation routière conduit certains conducteurs à déraper ou des véhicules « s’embrassent » au détour d’une rue.

5. La complicité des passagers

Certains véhicules connaissent des accidents suite aux excès de chargement. Bien souvent, ce sont des passagers entassés dans des véhicules destinés au transport des marchandises.

Très récemment, la police de roulage avait eu le soin d’indiquer le nombre de passagers qui devraient voyager par chaque véhicule compte tenu de la puissance et des sièges disponibles. Curieusement cependant, les passagers se précipitent à occuper à 5 pour les places réservées à 4 personnes et le minibus qui devrait transporter 18 personnes en prend 22 ou plus.

Pour les passagers, peu soucieux d’un voyage confortable et sûr, ils se laissent entasser, pour eux, ce qui compte est plutôt de pouvoir voyager mais ils oublient que ce faisant, ils risquent de payer le ticket sans retour.

Lorsque l’agent de la PSR s’avise à faire le contrôle, par ailleurs peu significatif, ce sont les passagers qui les premiers, vont scander « Muhe sha twigire, ico ashaka turakizi », (donne lui et qu’on s’en aille, nous savons ce qu’il veux) incitant le conducteur à sortir son billet et le voyage continue après qu’il l’ait glissé dans la main du gendarme. Voilà les passagers qui bénissent le vice.

Il n’est pas rare de voir que certains conducteurs fassent descendre, à l’approche du poste de contrôle de la PSR, certains passagers pour les reprendre juste après.

· Ce sont les usagers de la route qui payent les pots cassés

Les responsabilités sont partagées entre l’Etat, la police de roulage, les conducteurs et les passagers victimes de l’accident parfois causé par des véhicules non assurés, ici nous faisons abstraction des motos et vélos dont la circulation est peu réglementée.

Le tableau suivant montre les informations recueillies auprès de la PSR à Bujumbura sur l’état des accidents de la route des 6 derniers mois de l’an 2004.

Mois Nombre d’accident Personnes décédées Personnes blessées Véhicules non assurés Juillet 113 6 32 7 Août 142 5 46 17 Septembre 125 4 29 10 Octobre 131 4 58 27 Novembre 105 4 33 17 Décembre 54 0 16 5 Totaux 670 23 214 83

Au cours de ces accidents qui se chiffrent à des centaines, 23 personnes y ont perdu la vie, 214 ont été blessés.

Parmi ces véhicules, 83 n’étaient pas assurés et pourtant, la loi n° 1/18 du 29 Juin 1977 instaure une assurance obligatoire en matière de responsabilité des automobiles et selon le prescrit de l’article 2, aucun véhicule automobile ne peut être admis à la circulation que s’ il est assuré de la responsabilité civile qu’il peut engager. L’article 4 de ladite loi instaurait pareille obligation même pour les réparateurs et professionnels du contrôle technique. Certains conducteurs ignorent même qu’un passager de plus suffit pour rendre le contrat d’assurance inopérant lors de la survenance de l’accident.

En ce qui est de l’assurance des véhicules de l’Etat, le projet de loi portant révision de la loi de 1977 oblige l’Etat de faire assurer ses véhicules faute de quoi il devra lui-même couvrir la responsabilité.

A l’heure actuelle, certains véhicules et engins de l’armée burundaise mal entretenus sont appelés « Je m’en fous ». Seuls quelques véhicules du ministère ainsi que quelques unités sont assurés.

III. Ebauche de solution

Le contrôle routier assez rigoureux a tardé à venir. Certains se sont plaints mais à qui profite le désordre ?

Il est temps que l’agent de la PSR ( le gendarme) laisse de se lever et occuper son poste pour jouer la comédie et laisse circuler des cercueils roulants sur routes.

L’Etat à travers les divers ministères impliqués dans le transport se trouve être le garant de l’ordre et de la sécurité routière. A cet effet, il doit refuser à la circulation, tous les véhicules vétustes dont la plupart ont été chassé ailleurs sinon il se constitue le dépotoir de « petits objets circulants à quatre roues » qui ne valent plus rien. Il pourra notamment favoriser la création des compagnies de transport capables d’assurer le transport en commun confortable, sûr et facilement contrôlable. Ce sera le culte du meilleur sur le réseau routier burundais.

Les passagers et surtout eux, doivent savoir que prendre un véhicule défectueux et surtout trop chargé est synonyme de suicide volontaire.

Enfin, et pour une fois encore, la PSR doit jouer son rôle, la corruption doit être bannie et les mauvais conducteurs corrigés sinon punis.

Vital Nshimirimana

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