L’éducation est une porte d’entrée dans la vie et la pierre angulaire du développement d’une nation. Par conséquent, le degré de développement d’une nation se mesure aussi par le degré d’éducation de ses citoyens. C’est ainsi que l’éducation est un objet de préoccupation de tout un chacun. Pour preuve, en septembre 2000, les représentants de 189 pays comprenant 147chefs d’Etat se sont réunis à l’occasion du sommet du Millénaire à New York pour adopter la Déclaration du Millénaire.
La feuille de route préparée à l’issue du Sommet énonce les objectifs et les cibles devant être atteints jusqu’en 2015 dans sept domaines largement désignés sous le nom d’objectifs du Millénaire pour le développement et l’instruction n’a pas été laissée derrière. Ainsi le deuxième objectif du millénaire pour le développement est d’assurer l’éducation primaire pour tous avec comme cible 3 : donner à tous les enfants, garçons et filles partout dans le monde, les moyens d’achever un cycle complet d’études primaires d’ ici l’an 2015 et comme cible 4, d’éliminer les disparités entre les sexes dans les enseignements primaires et secondaires de là à 2005, si possible à tous les niveaux en 2015 au plus tard.
Sur ce plan, le Burundi a encore du pain sur la planche à la veille du 1er rendez-vous : 2005. Au niveau de l’enseignement primaire, quoique le taux de scolarisation ait connu une certaine amélioration, un nombre non négligeable d’enfants n’a pas de chance d’accéder à l’enseignement pour diverses raisons, notamment la pauvreté de beaucoup de familles qui ne peuvent plus aborder les coûts sans cesse montants de la scolarisation, la mentalité, le manque de référence dans certains milieux. Les taux d’abandons restent également élevés surtout au niveau primaire. De plus, l’écart qui subsiste dans la scolarisation des filles et des garçons reste grand : plus de 10%. Pourtant, le pays a ratifié le pacte sur les droits socio-économiques qui garantit le droit à l’éducation ainsi que tous les autres instruments internationaux ratifiés par le Burundi qui font partie intégrante de la constitution burundaise de transition.
L’article 15 de la constitution stipule en plus que ces droits fondamentaux ne font l’objet d’aucune restriction ou dérogation, sauf dans certaines circonstances prévues par la présente constitution. L’article 44 de la même constitution dit aussi que : « Tout citoyen a le droit à l’égal accès à l’instruction, à l’éducation et à la culture et que l’Etat a le devoir d’organiser l’enseignement public et d’en favoriser l’accès ». Cette volonté exprimée de garantir le droit à l’éducation pour tous n’est cependant pas encore effective de tant plus qu’aujourd’hui certaines catégories d’enfants ne jouissent pas pleinement ou du tout du droit à l’éducation.
II.2.1.2 .1 Les enfants Batwa
Les conditions socio-économiques des Batwa ne leur permettent pas de mener un train de vie descente. Cette situation a pour corollaire un très faible taux de scolarisation de leurs enfants quoique les donnnées chifrées sur la situation ne soient pas disponibles.
Même les enfants Batwa inscrits à l’école abandonnent la scolarité avant la troisième année primaire, leurs conditions de vie misérables ne leur permettant pas de pousser loin la scolarisation si des biénfaiteurs ne leur viennent pas en aide. A titre d’exemple, sur les 19 familles Twa en province de Rutana, 3 familles seulement ont envoyé leurs enfants à l’école mais ce petit nombre n’a même pas pu pousser loin car les conditions matérielles ne leur ont pas permis
d’aller au-delà de la 3ème année primaire. Par conséquent, une politique nationale claire doit être mise sur pied pour promouvoir la scolarisation de ces enfants Batwa qui restent défavorisés.
II.2.1.2.2 La problématique d’enfants sinistrés
Le nombre d’élèves indigents reste aussi très elevé au moment où le Gouvernement honore très mal les engagements de prise en charge de ces derniers. Par exemple, en province de Cankuzo, lors de la visite d’une délégation du Ministère de l’Education Nationale, le 2 avril 2004, les élèves indigents du lycée de Muyaga et du collège communal de Cankuzo ont exprimé leurs inquiétudes sur leur sort. Ils ont déclaré que malgré les recommandations du Gouvernement de les laisser étudier, ils sont souvent chassés des écoles par les directeurs et à leur retour, ils n’ont pas droit aux travaux de rattrapage et, par conséquent, ils encaissent des échecs à cause de leur statut d’indigence. La situation risque de se compliquer davantage avec l’afflux massif des rapatriés car le nombre d’indigents va croissant et en plus du problème d’assistance, celui d’infrastructures va se poser aussi avec acuité comme c’est déjà le cas dans certaines provinces comme Ruyigi, Cankuzo, Karusi et ailleurs.
A titre indicatif dans la province de Cankuzo, certaines écoles surtout celles nouvelllement créées, la carrence ou l’insuffisance de bancs pupîtres affectent sérieusement les élèves car certains s’assoient par terre sur des pierres ou sur des morçeaux de bois. C’est le cas pour les écoles suivantes : en commune de Kiganda, EP Gisenga (école primaire de Gisenga), EP de Mashiga, EP de Burenza, EP de Bugendajoro.
Dans les collèges communaux de Rusagara et Gitanga, suite à ce probème de bancs pupîtres, les collégiens rapatriés doivent emprûnter des bancs pupîtres dans d’autres écoles pour pouvoir étudier comme les autres. Les autres communes touchées par ce problème de bancs sont celles de Gisagara dans les écoles primaires de Murore et de Gitwenge ; Cendajuru dans l’école primaire de Twinkwavu ; Mishiha à l’école primaire de Kibimba et le Collège communal de Munzenze. En effet, toutes ces écoles sont des écoles mobiles nouvellement créées, construites avec des tentes pour faire face à l’ afflux massif des rappatriés car de nombreux élèves rapatriés n’avaient pas pu tous trouver de place au cours de l’année 2003-2004.
II.2.1.2.3 Les enfants dans les zones de conflits
C’est le cas dans la province de Bujumbura rural où, avec la recrudescence des conflits, la déstruction d’infrastructures et le déplacemnt massif des populations depuis le mois de Mars 2004 surtout en commune de Kabezi, un grand nombre d’enfants n’ont pas pu terminer l’année scolaire 2003-2004 : 7.500 enfants.
II.2.1.2.4 L’insuffisance d’infrastructures demeure un défi de taille
C’est une autre triste réalité mais la gravité de la situation varie d’une région à l’autre. Par exemple en province de Ruyigi, au cours de la crise, 71 écoles ont été détruites et elles ne sont pas encore reconstruites ou réhabilitées, d’où l’insuffisance des infrastructures scolaires se fait trop sentir.
En province de Bujumbura Rural, au cours de l’année scolaire 2003-2004 avec ce problème d’infrastructures, tous les enfants en âge d’être scolarisés qui voulaient se faire inscrire en 1ère année n’ont pas trouvé de places : 2636 enfants. Or, même avec le système de double vacation censé palier à l’insuffisance de locaux et d’ enseingants, les problèmes subsistent dans de nombreuses écoles et ce dans plusieurs provinces. La maîtresse se retrouve des fois avec un groupe de plus de 130 élèves dans l’avant- midi et l’autre groupe dans l’après-midi. Dans de pareilles conditions, l’encadrement de ces enfants reste très difficile voire même impossible et en fin de compte la pseudo-scolarisation fait place à la scolarisation véritable avec pour conséquence la dégradation continuelle de la scolarisation à partir de la base dèjà.
Ce problème d’infrastructures se pose même au niveau de l’enseignement supérieur. A titre d’exemple, l’Institut Supérieur d’Agriculture de Gitega (ISA) dont la capacité d’accueil est de 45 étudiants en abritait 250 étudiants au cours de l’année académique 2003-2004. L’Université Publique de Bujumbura qui avait une capacité d’accueil de 1500 étudiants en comptait plus de 8000. Cela a été l’une des causes d’incessantes revendications des étudiants insatisfaits leurs conditions d’études et de séjour.
II.2.1.2.5 Le secteur de l’enseignement toujours en proie à des mouvements de grève cycliques
Le secteur de l’éducation reste toujours le théâtre de mouvements de grèves cycliques du palier primaire au palier supérieur, tantôt des élèves, tantôt des enseignants. Le gros de leurs revendications est axé sur la détérioration des conditions de vie et de travail. C’est ainsi que les syndicats de l’enseignemnt regroupant les enseignants du primaire et du secondaire SLEB, STEB et CONAPES ont observé le plus long mouvement de grève dans l’histoire de l’enseignement au Burundi : du 5 janvier au 17 mars 2004 pour revendiquer la mise en application intégrale de l’Accord signé entre le Gouvernement du Burundi et les syndicats des enseignants le 4 juillet 2002.
Ce long mouvement de grève a finalement tourné en une véritable impasse en dépit des efforts de la ligue burundaise des droits de l’ homme Iteka choisie par les syndicats des enseignants, avec le consentement du gouvernent, pour jouer la médiation entre les parties en conflits. Les pourparlers sont restés pendant longtemps un véritable dialogue de sourds, chacune des parties restant cramponnée sur sa position. Comme le consensus entre les deux parties restait difficile, le médiateur a eu beaucoup de peine à amener les deux parties à sauver l’année scolaire qui a failli de près tourner blanche ce qui aurait eu des conséquences graves pour un pays dans une phase encore fragile de la sortie de crise.
Au niveau de l’enseignement supérieur, les fréquents mouvements de grèves avaient généralement pour fief de revendications, les arriérés dans le paiement de bourse, l’insuffisance de frais de stage et autres conditions de travail non ajustées à la réalité du moment.
II.2.1.2.6 Un faible taux d’encadrement pédagogique
Cette situation résulte de plusieurs facteurs concourants :
v Le nombre d’enseignants non qualifiés reste élevé avec le plus grand taux en milieu urbain : 97% contre 77% en milieu rural . Les provinces les plus touchées restent celles de Cibitoke, Kirundo, Karusi, Muyinga, Ngozi, Ruyigi, Cankuzo, bref la majorité des provinces à la périphérie du pays ;
v Insuffisance d’enseignants comme le montrent les exemples suivants à la rentrée scolaire 2003-2004 :
Manque de 209 enseignants au primaire en province de Bubanza à la rentrée scolaire 2003-2004 ;
En province de Ngozi, le déficit était de 234 au primaire et 77 au secondaire ;
En province de Muyinga, dans certaines écoles périphériques, un enseignant peut tenir 2 à 3 classes.
Une situation analogue subsiste au secondaire, surtout dans les collèges communaux. A titre d’exemple :
Dans la province de Cankuzo, au cours de l’année scolaire 2003-2004, le collège communal de Cendajuru n’avait que le directeur non qualifié, une secrétaire et 2 professeurs permanents non qualifiés le collège communal de Munzenze n’avait qu’un directeur sans un seul professeur ni secrétaire ; le collège communal de Minyare n’avait qu’un directeur et un seul professeur non qualifié et l’ ITAB de Kigamba n’avait qu’un directeur qui était le seul permanent, tous les autres professeurs étant des vacataires.
Cette situation prévalait aussi dans la province de Makamba, surtout les collèges communaux de Canda, Gikurazo, Kiyange, Bigina, Martyazo, Mpinga, Nyanza et Muyange. Pour palier cette situation, c’était le recours aux professeurs vacataires à 50%.
Par ailleurs, même le palier supérieur connaissait ce problème du personnel. Atitre d’exemple, au cours de l’année acdémique 2003-2004, l’Institut Supérieur d’Agriculture de Gitega (ISA) accusait un déficit de professeurs. Il ne comptait que 6 professeurs à temps plein et tous les autres étaient des professeurs visiteurs. Ce problème se posait même à l’université du Burundi, même si les données précises n’ont pas été fournies.