Page d'accueil
Comité Exécutif | Personnel Administratif | Chargés des Projets | Partenaires

Economie

L’économie burundaise garde encore les caractéristiques d’une économie de crise, rongée à fond par toute une décennie de guerre, malgré les efforts déployés par le pays pour tenter le sauvetage. Le tableau encore sombre de l’économie burundaise a été en effet mis en exergue par Mme le ministre de la Planification du Développement et de la Reconstruction à l’occasion de la clôture des activités commémoratives du 10ème anniversaire de la CIPD (Conférence Internationale sur la Population et le Développement) tenue au Caire (Egypte) en 1994 et de la Journée Mondiale de la Population édition 2004.

Le ministre a rappelé les objectifs- clés du programme d’Actions de cette CIPD qui se focalise sur les domaines de la population et de la croissance économique soutenus dans le cadre du développement durable.

Elle a, en outre, rappelé qu’au cours de l’évaluation à mi-parcours du pas franchi avec la CIPD 1994, au cours d’une conférence ministérielle organisée à Dakar du 7 au 11 juin 2004 par les pays de la Commission Economique pour l’Afrique, de nouvelles orientations devant guider la mise en œuvre de ce programme pour la prochaine décennie au niveau africain ont été arrêtées, parmi lesquelles, le renforcement du système de financement des programmes de la population dans le cadre d’une intégration des questions de population dans le processus de planification et de lutte contre la pauvreté.

A ce propos, le Burundi est déjà sur sa lancée avec la nouvelle politique en vue de la croissance économique et de la lutte contre la pauvreté, basée sur le document « Cadre logique Intérimaire de croissance Economique et de Lutte contre la Pauvreté qui prône l’approche participative. La célébration du 10ème anniversaire de la CIPD et de la Journée Mondiale de la Population, était aussi, selon Mme le ministre, une occasion d’évaluation du pas franchi et une occasion d’envisager les stratégies appropriées pour la mise en œuvre de CIPD 1994 pour les 10 ans à venir.

Pour le cas du Burundi, le bilan des 10 années écoulées est fortement négatif. La crise n’a pas non seulement permis la réalisation du programme d’Action de la CIPD 1994, mais elle a aussi renversé le pas franchi par le Burundi dans le secteur économique qui a carrément sombré dans la déchéance avec la régression de la production. Tous les indicateurs économiques sont restés toujours chancellants malgré les efforts déployés pour stabiliser la situation.

A cela s’est ajoutée la forte régression de la production agricole au cours de l’année 2004 et cela suite aux aléas climatiques : la grêle, l’arrêt prématuré de la pluie ainsi qu’une maladie appelée la mosaïque qui a attaqué les tubercules dans la partie nord du pays. Par conséquent, beaucoup de provinces du Burundi s’en sont trouvées menacées par la famine suite à cette baisse généralisée de la production.

La situation a été particulièrement dramatique dans les province du Nord du pays en l’occurence celles de Kirundo, Muyinga et Ngozi où une situation de famine déclarée a déjà fait des morts à la fin de l’année 2004 : à Kirundo 27 dont 8 à busoni, 10 à Bugabira, 7 à Vumbi et 2 à Ntega ; 20 à Ngozi dont 7 en commune de Kiremba, 7 en commune de Gashikanwa, zones Ngoma et Gatabo et 6 en commune de Ruhororo et 97 à Muyinga : 15 à Buhinyuza, 25 à Butihinda, 14 à Gashoho, 8 à Gasorwe, 15 à Muyinga et 20 à Mwakiro.

Dans cette province de Muyinga, mis à part ces cas de décès d’autres situations anormales ont été également observées : des cas d’abandons d’enfants notamment en province de Mwakiro où 3 familles ont abandonné leurs enfants (9) au chef de colline de Bonero, zone Kiyanza avant de fuir.Beaucoup d autres familles ont fui soit en province de Ruyigi ou au Rwanda, pays voisin, dans l’espoir de trouver des moyens de subsistance ailleurs.

En plus de la CIPD 1994, le Burundi comme beaucoup de pays et des nations du monde est également engagé sur la voie des objectifs du Millénaire pour le Développement qui tracent aussi de nouvelles orientations socio-économiques que les pays du monde entier se sont fixées pour atteindre un développement humain durable sur une période de 25 ans, c’est à dire, de 1990 à 2015.

A l’occasion du Sommet du Millénaire tenu à New York en septembre 2000, les représentants de 189 pays, y compris 147 chefs d’Etat se sont réunis pour adopter la déclaration du Millénaire5. Cette déclaration dégage sept domaines dans lesquels les dirigeants nationaux devraient prendre une série d’engagements particuliers et parmi lesquels figurent le développement et l’élimination de la pauvreté. Les engagements pris à cette occasion répondent pour la plupart aux besoins particuliers de l’Afrique. Néanmoins, les résultats du Burundi dans la poursuite de ces objectifs restent encore alléatoires.

II.2.1.3.1 Un bilan mitigé des objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) au Burundi.

Les objectifs du Millénaire pour le Développement et l’élimination de la pauvreté figurent dans la section III de la Déclaration du Millénaire. Cet engagement a été pris par les pays riches et les pays pauvres lors de la Conférence internationale sur le financement du développement qui s’est tenue à Monterrey du (Mexique), début 2002, conférence nommée le Consensus de Monterrey. En septembre 2002 un autre sommet mondial sur le développement durable s’est tenu à Johannesburg (en Afrique du Sud).

Les participants à ce dernier sommet ont reconnu que la réduction de la pauvreté et la réalisation des OMD sont essentielles pour mener à bien le programme général de développement durable. Parmi les 7 objectifs que les pays en développement se sont engagés à atteindre, le 1er vise l’élimination de l’extrême pauvreté et la faim.

Pour le cas du Burundi, un rapport d’avancement des objectifs du millénaire pour le développement vient d’être élaboré mettant en exergue une situation toujours critique. En effet le Burundi n’est pas encore sorti du marasme socio-économique dans lequel l’a plongé la longue crise par conséquent, il reste loin de réaliser l’objectif premier des OMD qui vise essentiellement la relève de l’économie. Réduire la pauvreté reste en effet utopique aussi longtemps que le pays n’aura pas recouvré la stabilité socio-politique qui conditionne le retour de la sécurité et la relance économique.

Par conséquent, à l’heure actuelle la situation économique du pays reste toujours dans un état de marasme qu’il convient de relever à tout prix pour remettre le pays sur les rails :

-   Une faible coissance économique : de 4,5% à la fin de l’année 2004, de loin inférieure aux prévisions ;
-   Une inflation monétaire qui est restée haute toute l’année ;
-   Le revenu par habitant par an de moins de 100$ reste dangereusement en dessous de la moyenne de l’Afrique sub-saharienne qui est de 518 US $ ;
-   Les investissements sont restés au point mort car les hommes d’affaires étaient toujours réticents à investir dans un pays incertain d’ où l’assisatnce au Burundi reste toujours en grande partie humanitaire. Les fonds promis au Burundi par les bailleurs de fonds au cours des différentes tables rondes, qui se sont succédées les unes aux autres : Genève (2000), Paris (2002), et à Bruxelles (janvier 2004) ne viennent qu’à compte goutte ;
-   Une assiette essentiellement humanitaire d’où le tarissement de fonds, car les conditions de retour de la sécurité et la stabilité socio-politique ne sont pas encore toutes réunies pour un véritable redémmarage des activités de développement ;
-   Des cultures industrielles qui constituent la base essentielle du PIB sont en mauvaise position sur le marché mondial. A titre illustratif, les coûts du café sur le marché international ont chuté depuis 1999. Ils sont passés de 126, 57 cts/ib en 1998/1999 à 66,75 cts/ib en 2004 ;
-   En plus, avec les fluctuations sans cesse grandissantes des prix de l’angrais et la pénurie de fumier consécutive au pillage du bétail, la production agricole s’en est profondémént ressentie. Les agriculteurs dépassés par les prix de l’angrais chimique sans cesse croissant : entre 700 et 800 francs le kilo et de certaines semences ont souvent travaillé à perte car les coûts de produits vivriers restent trop bas par rapport aux dépenses que les agriculteurs engagent dans les angrais chimiques et les séménces.

Face à cette situation D’autres agriculteurs se contentent tout simplement de méthodes agricoles archaïques qui ne sont plus du tout rentable la terre étant deveue aride sur la majeure partie du pays.

II.2.1.3.2 Les malversations économiques : un mal chronique

Les cas de malversations économiques et financières ne font que gonfler au jour le jour alors que la volonté d’endiguer le fléau n’est pas encore très palpable de la part des pouvoirs publics à voir le volume de dossiers sur les malverstions économiques qui ont été bel bien établis mais dont le gros restent sans poursuite judiciaire jusqu’ à l’ heure actuelle .

Une Cour des Comptes a été certes mise sur pied par décrét-loi n° 31/03/2004 portant création, missions, organisation et fonctionnement de la cour des comptes, mais sa composition et ses prérogatives ont suscité des remous et semé le doute dans l’opinion burundaise quant à son opérationalité et son efficacité, cette cour étant essentiellement composés des gens proches du pouvoir car issus pour le gros des partis politiques Frodebu et Uprona qui dominent la classe politique burundaise.

Une telle cour ne peut pas, par conséquent, se prétendre indépendante et restera plutôt sous pression de l’exécutif dont elle dépend. En plus, une cour sans compétence judiciaire ne peut jouer qu’un rôle très alléatoire dans ce mal qui gangrènr le pays et qui a été exacerbée par la longue crise que traverse le pays.

Néanmoins, le début d’éveil de la société civile avec la naissance de l’association OLUCOME (Organisation de lutte contre la Corruption et les Malversations Economiques) qui est véritablement engagée dans la bataille apporte une lueur d’espoir car elle sécoue davantage les consciences et les pouvoirs publics sur une question qui semble être tabou. Ce combat doit néanmoins être aussi la préoccupation du gouvernement car il en va du sauvetage de l’économie burundaise et du rétablissement de la confiance d’une part entre l’Etat et les bailleurs qui ne se sentent pas encore prêts à engager leur fonds dans un pays incertain, d’ autre part entre l’Etat et la population qui jugent les efforts des pouvoirs publics insuffisnts pour juguler ce fléau lourd de conséquence pour la population elle-même.

C’est sans doute pour cette raison que le FMI (Fonds Monétaire International), conscient de la situation a du d’abord poser des conditionnalités pour la poursuite du décaissement des 100 millions de dollars américains accordés au Burundi dans le cadre d’un programme d’appui au pays. Le programme de coopération a été initié au mois de janvier 2004 et une mission du FMI a été envoyée au Burundi pour une durée de10 jours au début du mois de mai pour une mise au point sur le programme. Le 1er tirage a été effectué au mois de janvier 2004 au moment de la conclusion du programme, mais de nouveaux décaissements seront conditionnés par un certain nombre de mesures structurelles exigées par le FMI entre autres :

-   La reprise de la croissance économique ;
-   L’assainissement des finances publiques et les mesures des réformes monétaires.

Ce programme de coopération s’étendra sur 3 ans si les critères convenus au niveau de la banque centrale et du ministère des finances sont remplis. La réussite de ce programme ouvrira par conséquent la voie à des aides plus substantielles des bailleurs de fonds dont le pays a tant besoin, ainsi qu’aux mécanismes d’allégement de la dette extérieure et publique garantie qui restait aussi très élevée à la fin de l’année 2004 : 1407,8 millions US (dont des arriérés de 45,8 millions US). Elle a connu une hausse de 4,2% par rapport à la situation de 2003 où elle s’élevait à 1351,2 millions US.

La dette multilatérale restait prépondérante, c’est-à dire 83% de l’encours à la fin 2004.Le gros de cette dette était dû : à l’ Association Internationale de Developpement (IDA) (estimée à 56% , soit 787 millions US), au groupe de la Banque africaine de dévelopement (AfDB)(16% , soit 224,7 millions US et le FMI (FondsMonétaiere International) représente 3% de cette dette (40,9millions US). Les 25,2 % restant sont constitués des autres multilatéraux (BEI, FIDA, BADEA et OPEP) (355,3 millions US).

La dette bilatérale s’ elève à 232,2 occupe 16% et la dette commerciale 1% . Elle est essentiellement décomposée en dette Club de Paris qui en constitue la majeure partie soit 12% de l’ encours à la fin 2004( 173,9 millions US ) et la dette hors Club de paris qui s’ élèvait à 4%, soit 58,2 millions US.Parmi les créanciers du Club de Paris, la France représente 73% ( 126,4 millionsUS ),suivi du Japon avec un montant de 28,5 millions,soit 16% puis l’ Autriche avec 16,8 millions US, soit 10 % de l’ encours de cette catégorie de créanciers.

La dette hors hors club de Paris est consituée de trois céanciers majeurs qui sont le fonds koweïtien (20,8 millions US), le fonds saoudien (16,8 millions US) et de la Chine qui constitue 88% del’ encours.

La dette commerciale quant à elle, s’élevait à 9,7 millions US et se répartissait entre la Lybie et Krupp (Allemagne) .

En outre pour, à l’issue du séminaire atelier tenu à l’hôtel source du Nil du 20 au 24 décembre 2003, des recommandations fermes avaient été formulées visant le raffermissement du combat à engager contre les malversations économiques et la corruption.

Ces recommandations aussi nombreuses que riches convergeaient toutes sur un suivi plus rigoureux de la gestion des finances de l’Etat et de la chose publique. Si ces recommandations venaient à être mises en application, elles produiraient sans nul doute des effets positifs, à condition que tous les efforts soient conjugués du plus haut sommet à la base, des plus hautes autorités au simple citoyen.

II.2.1.3.3 Un coût de vie qui maintient la population en haleine

En dépit de l’accalmie consécutive à l’arrêt des hostilités entre les forces gouvernementales et le Cndd-Fdd de Pierre Nkurunziza, la population est encore loin de souffler quant à l’amélioration des moyens de subsistance. Le gros de Burundais croupisse dans une misère indescriptible, attendant désespérément un répit qui semble encore lointain au moment où le coût actuel de la vie monte impitoyablement.

En effet avec la longue crise, les maux se sont accumulés, par-dessus tout une forte paupérisation, et les guérir prendra trop longtemps. Par conséquent, avec l’état des lieux défectueux de la situation économique du Burundi, le malaise social s’est cristallisé, traduit par les grèves qui ont constamment menacé la société burundaise au cours de l’année 2004 : la longue grève des enseignants, la menace de grève de la COSYBU ( Confédération des Syndicats du Burundi), les nouvelles menaces de grève du personnel de la Santé Publique et de l’Université du Burundi... .

Paradoxalement, une clique de favoris du pouvoi et autres profiteurs de la guerre continuent à s’enrichir outre mesure aux dépens et au sacrifie d’une population qui s’enfonce continuellement dans une misère sans précédent. Ainsi, le fossé entre cette poignée de trop riches et la masse de trop pauvres ne fait que s’élargir au jour le jour.

Or, avec la hausse constante des prix du carburant et des produits BRARUDI qui entraîne généralement la hausse des prix des autres produits et services de 1ère nécessité à une allure devenue de plus en plus frénétique, apparemment sans retour, la population est déséspérée. La hausse des prix des produits BRARUDI (Brasseries et Limonaderies du Burundi) est intervenue au mois de mai tandis que le prix du carburant a été revu à la hausse deux fois, la dernière au mois de mai où un litre d’essence super est passé de 880 à 1000F le litre, le gas oil, de 830f à 900f le litre et le pétrole de 810F à 900Fle litre pour passer finalement à 1000 Frs le litre, pour l’esssence et 950 Frs le mazout.

Le Directeur Général au ministère du commerce a justifié cette hausse par celle du prix d’un baril qui a connu une hausse jusqu’à un prix compris entre 40,5 et 41,3 dollars alors qu’il était compris entre 32 et 33 dollars américains lorsque les prix qui étaient en vigueur jusqu’au 16 mai 2004 ont été fixés.

Cette explication a été néanmoins loin de satisfaire la population car le gouvernement a été tout le temps dans le collimateur, accusé d’utiliser le fonds de stabilisation des prix du carburant à d’autres fins.

Face à cette situation, la mise en place d’une commission chargée d’analyser les fluctuations des prix du carburant sur le marché international et de proposer au Gouvernement l’approvisionnement du pays en produits pétroliers, a été décidée au mois de juin à l’issue d’une rencontre de quatre associations de la société civile : OLUCOME, COSYBU (Confédération des Syndicats du Burundi), ATRABU(Association des transporteurs du Burundi) et ABUCO(Association Burundaise des Consommateurs) avec le ministre du commerce et le conseiller principal chargé des questions économiques à la présidence de la République.

Cette commission aura accès aux informations sur la question des fonds qui se trouvent dans la structure, pour une gestion transparente du secteur pétrolier. En effet, une des anomalies constatées est le coût du gasoil à la pompe qui a été harmonisé avec celui de l’essence alors que le prix d’achat diffère.

Même si la hausse du prix carburant est la conséquence de la hausse du prix sur le marché international, des alternatives de solutions ont été proposées pour faire face à cette situation dont la réduction des droits de douane de 40% à 20%, mais le Gouvernement a plutôt opté pour la hausse du prix à la pompe pour que le consommateur prenne en charge cette augmentation. En plus, la population doit supporter les hausses constantes des prix de transport consécutif à cette situation dont la dernière en date est celle du mois de mai où le ticket du bus du transport urbain est passé de 150Fbu à 180Fbu soit une majoration de plus de 10%. Même pour le transport à l’intérieur du pays, la majoration s’est faite presque dans les mêmes proportions.

La Régie de Production et de Distribution d’eau et électricité (REGIDESO) a également revu ses tarifs à la hausse de 25% arguant un tarissement de ressources financières suite aux tarifs bas. Elle se dit par conséquent être dans l’impossibilité de continuer à assurer ces services sociaux et de poursuivre ses extensions dans les nouveaux quartiers car selon ses explications, les investissements sociaux ne sont pas rentables, les tarifs pratiqués étant toujours inférieurs au prix de revient. A cela s’ajoute les droits de douane et les taxes du coût du matériel élevés ainsi que l’inflation monétaire croissante.

Cette allure de la flambée de tous les prix, jusqu’ aux services sociaux primaires, plonge dans le désespoir la population burundaise qui s’enfonce continuellement dans une misère indicsriptible, au moment où une autre poignée de favoris de la classe politique et d’autres profiteurs de la guerre burundaise, se sont enrichis outre mesure. Ainsi, le fossé entre les trop riches et les trop pauvres ne fait que s’élargir. C’est cette situation qui est à la base du mécontentement et du relâchement observables dans tous les services de l’Etat, qui se matérialise par de nombreux mouvements de grèves à répétition dans tous les secteurs.

Consciente de cette situation que vivent le gros de Burundais, COSYBU a réagi énergiquement à la mesure de hausse des prix par la REGIDESO jugée injuste car non négociée, en tentant d’inciter les clients à la résistance, en refusant de payer les factures d’eau et d’électricité et en chassant les agents de la REGIDESO venus faire les relevés des consommation sur les compteurs, mais cet appel n’a pas été suivi, les Burundais n’étant pas habitués à revendiquer leurs droits encore moins d’une telle manière.

En définitif, la hausse des prix des produits et service de première nécessité consécutive à la hausse des prix du carburant ainsi que celle des produits se reflète sur le tableau ci-dessous

Indice général des prix

Rubrique Indice partielnovembre 2004 Indice partiel pondéré Alimentation 514,3 266,8 Habillement 550,7 29,3 Logement-chauffage-éclairage 496,9 134,1 Article de ménage et entretien ménager 362,2 17,7 Services médicaux et médicaments 387,9 7,8 Transport et télécommunication 560,9 30,0 Enseignement-culture-loisirs 362,7 6,8 Autres biens et service 555,0 9,6 Indice général 501,9

Face à cette situation seul le retour de la sécurité serait le garant de la stabilité socio-économique dont le pays a tant besoin. Or, les politiciens burundais qui tirent les cartes du jeu, ne semblent pas très pressés de remettre les choses en ordre, prolongeant ainsi la souffrance d’une population en perte de vitesse devant la hausse frénétique du coût de la vie.

II.2.1.3.4 Le pays ne jouit pas encore des dividendes du marché COMESA

Depuis le 1er janvier 2004, le Burundi a commencé à appliquer le tarif 0 pour les pays membres du COMESA. En revanhe, à la fin de l’année 2004, le pays ne ressentait pas encore les effets positifs de son adhésion à ce marché que tous les citoyens attendent pourtant avec impatience. Par surcroît, les industriels burundais craignent de ne pas être compétitifs sur le marché COMESA car ils se lamentent que des mesures d’accompagnement pour leur protection n’ont pas été préalablement prises, ce qu’avaient pourtant proposé les présidents de l’ Association des Employeurs du Burundi (AEB) et celui de l’ Association des Industriels du Burundi (AIB).

De même, deux études successives menées par l’ Institut de Développement Economique (IDEC), l’une en 2001 et une autre en 2002 avaient également le même objectif car elles aussi proposaient l’harmonisation des fisaclités pour tous les pays membres du COMESA et la mise en place d’une politique monétaire favorable à une seule taxe : Taux sur la valeur ajoutée (TVA). En plus, beaucoup d’autres mesures d’accompagnement ont été avancées dans ces documents. Néanmoins, au moment où le Burundi attendait décembre 2004 pour appliquer les taxes préconisées par le Tarif Extérieur Commun, le système était déjà fonctionnel dans les autres pays membres du COMESA.

II.2.1 3.5 Des efforts de relève de l’économie burundaise

Le Gouvernement burundais est à pied d’oeuvre pour un sauvetage de l’économie désagrégée. Au début de l’année 2004, au cours d’une réunion rassemblant les représentants des partis politiques agréés et ceux des mouvements politiques armés signataires des accords, le président de la République a rappelé les défis auxquels le pays était confronté sur le plan économique tout en présentant en même temps le programme de relève de ce domaine. Il a souligné que la stratégie adoptée par le gouvernement a été d’abord d’identifier les besoins particuliers du pays et préparer une stratégie complète associant un cadre macro-économique substantiel et les priorités en matière structurelle. Le Burundi a conclu avec le FMI, un programme économique et financier (FRPC) sur la période janvier 2004-décembre 2006.

Entre autres objectifs, le FRCP devrait accompagner le Gouvernement dans l’exécution de son programme intérimaire de lutte contre la pauvreté (PRSP-interimaire) et le faire bénéficier d’allégement de dettes dans le cadre de l’initiative PPTE pour laquelle l’éligibilité du Burundi est envisagée en mai 2005 .

C’est sans doute dans ce cadre qu’un document appelé : document de stratégie intérimaire pour la réduction de la pauvreté (DSRP intérimaire) a été préparé. Ce document met en avant comme préalable, le retour à la paix et à la sécurité. L’exécution de ce programme DSRP ouvrirait des conditions propices à la reprise de la croissance économique car il permettrait :

-  La mobilisation d’une assistance extérieure plus importante et l’aide financière des bailleurs bilatéraux et multilatéraux ;

-  L’allègement de la dette extérieure dans le cadre de l’initiative en faveur des pays pauvres très endettés au titre de l’initiative P.P.T.E ( Programme d’allégement de la dette extérieure en faveur des pays pauvres les plus endettés) renforcé.

C’est un grand pari à gagner pour le Burundi et qui nécessite un engagement ferme de la part du Gouvernement. Ces mesures complètent, en outre, les recommandations issues du forum des Etats Généraux de l’Economie Burundaise du 20 au 22 août 2003 et dont certaines étaient :

-  L’amélioration de l’environnement des affaires sur les plans institutionnel, réglementaire, financier et monétaire ;

-  L’élaboration d’une politique économique basée sur les filières ;

-  La préparation du Burundi à une adhésion profitable aux programmes de l’intégration économique régionale et mieux exploiter les accords commerciaux régionaux et internationaux ;

-  La recherche des mécanismes de lutte contre les fléaux de fraude, de corruption et de concussion.

Seule la conrétisation de ces mesures coercicives pourrait améliorer la situation de l’économie burundaise mais encore une fois la paix effective et l’engagement des leaders burundais demeurent les garants de la mise en application de ces recommandations.

II.2.2 Les catégories vulnérables

II.2.2.1 La problématique des sinistrés de guerre

Avec la longue crise, 10% de la population burundaise sont des sinistrés. En 2002, les déplacés intérieurs étaient estimés à 387.469 pesonnes déplacées dans 226 sites mais jusqu’ en 2004 le nombre avait baissé jusqu’à 141.000 personnes déplacées, réparties dans 181 sites . Quant aux réfugiés, leur effectif reste toujours élevé malgré le nombre non négligeable des rappatriés, estimés à 222.803 de 2002 au 21 novembre 2004, et cela grâce au retour au calme après la signature du cessez-le-feu global entre le Gouvernement de transition et le Cndd-Fdd de Pierre Nkurunziza, le 16 novembre 2003.

Effectifs estimatifs des Réfugiés Burndais par pays d’asile (source)

Dans les camps(1) Réfugiés de longue date(2) Dans les villages(3) Total Tanzanie 329.292 200.000 270.000 799092 RDC 19.800 Rwanda 1.000 Total global 820.092

Néanmoins le programme du gouvernement de réinstaller ces personnes sinistrées demeure un défi de taille. La mobilisation des fonds pour financer des actions de réhabilitation reste difficile étant donné que les bailleurs restent réticents à débloquer les fonds promis au Burundi conditionant toujours ce déblocage à l’aboutissement du processus de paix.

C’est ainsi que même la Commission Nationale de Réhabilitation des Sinistrés convenue dans l’Accord d’ Arusha reste toujours handicapée par ce problème de fonds pour pouvoir remplir sa mission au moment où des situations délicates nécessitant une intervention immédiate sont continuellement enregistrées.

Cela met dans l’embarras cette commission et exacerbe le malaise social qui devrait être plutôt réduit pour un aboutissement heureux du processus .On se souviendra en effet qu’en 1993,une telle situation a été récupérée par des politiciens soucieux d’ atteindre leurs propres objectifs ce qui risquerait de se reproduire encore une fois si une attention particulière n’ est pas focalisée sur ce volet.

II.2.2.2 Les enfants en difficulté

Le burundi a ratifié la Convention relative aux droits de l’enfant par Décret-loi n°1/032 du 16 août 1990 et quelques dispositions protégeant l’enfant se retrouvent dans quelques textes fondamentaux tel que le Décret-loi n°1/037 du 7 Juillet 1993 portant révision du code du travail du Burundi, le Décret-loi n° 1/024 du 28 Avril 1993 portant réforme du code des personnes et de la famille et le Décret-loi n° 1/6 du 4 Avril 1981 portant réforme du code pénal. Paradoxalement l’enfance burundaise en difficulté focalise pour le moins l’attention des pouvoirs publics.

L’importance numérique croissante des enfants en difficulté est le résultat de la longue crise que traverse le Burundi et la misère qui s’en est suivie ainsi que la Pandémie du VIH/SIDA qui fait de plus en plus rage.

Deux études faites par l’Association pour la Promotion du Développement Communautaire (APRODEC), une sur la situation des orphelins et une autre sur la situation sociale des enfants et des jeunes sinistrés de la rue, sur commande du Conseil National de Lutte contre le SIDA (CNLS) et le Ministère de l’Action Sociale et de la Promotion de la Femme, présentent un tableau synoptique un peu sombre de cette enfance en difficulté.

Selon des données récoltées par l’UNICEF de sources éparses, le nombre d’orphelins du SIDA sont estimés à 160.000 et ceux du conflit armé, à 25.000. Le Commissariat des Réfugiés , quant à lui, avance le chiffre de 180.000 enfants dans les camps des réfugiés dont 1331 enfants non accompagnés. Les enfants et jeunes sinistrés de la rue quant à eux sont estimés à 1397 : 846 dans la Mairie de Bujumbura, 295 dans la province de Ngozi, 105 dans la province de Gitega et 95 dans la province de Kayanza. Pour ce qui est des enfants soldats, le nombre présenté par les différentes factions armées s’élève à 927 : 770 du Cndd-Fdd de Pierre Nkurunziza, 30 de Kaze-Fdd de Jean Bosco Ndayikenguukiye, 37 du Palipe- Agakiza d’Etienne Karatasi, 30 du Fnl-Icanzo d’Alain Mugabarabona, 50 du Cndd de Léonard Nyangoma et 10 du Frolina.

Avec le programme de démobilisation de ces enfants soldats leur question trouve de plus en plus de réponse même si des problèmes subsistent encore, surtout ceux liés à l’encadrement et le suivi des enfants soldats démobilisés.

Quelques associations essaient de prendre en charge un petit nombre d’enfants en difficulté mais leur action reste encore très minime face à l’ amlpeur de la situation et à voir l’état des lieux actuel. Certains des centres qui prennent en charge ces enfants éprouvent en effet des difficultés liées aux problèmes de moyens pour un encadrement effectif de ces enfants.

Par ailleurs, même le Ministère de l’Action sociale et de la Promotion de la Femme auquel la protection de ces enfants incombe en premier lieu reste toujours à cours de moyens pour prendre la situation en main malgré les promesses faites par l’Etat de lui octroyer un budget à cette fin. La situation précaire des enfants de la rue regourpés à Kigobe en zone Gihosha, au CERES (Centre d’Encadrement et de Réinsertion des Enfants Soleil) en est un exemple éloquent. Ces enfants survivent dans des des conditions difficiles et leur encadrement reste très alléatoire d’ où leur avenir reste incertain si plus de moyens ne sont pas engagés par l’Etat pour préparer ces enfants à aborder une nouvelle vie plus ou moins convenable.

En fin de compte, une politique nationale claire en faveur de l’enfance en difficulté devrait être mise sur pied dans les meilleurs delais et rendue opérationnelle pour sauver cette nombreuse jeunesse en péril, qui est par ailleurs le Burundi de demain.

II.2.2.3. Les malades du SIDA

Cette catégorie mérite aussi une attention particulière, mais leur situation reste confrontée à de nombreux défis. En Afrique Subsaharienne, seuls 50.000 des 4.000.000 de malades du SIDA bénéficient du traitement d’anti-rétroviraux (ARV) et au Burundi, sur les 25.000 cas déclarés, 2.500 seulement sont sous anti-rétroviraux.

De surcroît, sur les cinq sites de traitement, 4 sont concentrés en Mairie de Bujumbura ce qui est problématique pour les malades de l’intérieur du pays . Pour redresser la situation d’accès aux ARV, l’OMS s’est fixée la cible de 3 millions d’habitants de pays en développement pouvant bénéficier du traitement d’anti-rétroviraux d’ici 2005. En dépit de cette échéance, la situation reste critique au Burundi : un taux de séroprévalence élevé : près de 10% en milieu urbain et 2,5% en milieu rural avec une tendance à augmenter .

D’après la 2ème enquête nationale de séroprévalence réalisée en 2002, les personnes vivant avec le VIH/ SIDA étaient estimées à 260.000 dont 230.000 adultes âgés de 15 à 49 ans , au moment où le nombre de malades ayant accès aux anti rétro-viraux reste fortement réduit.

Des recommandations ont été déjà émises à l’endroit des ministères d’inclure dans leur politique sectorielle le volet lutte et prévention du VIH/SIDA, mais sauf dans quelques services comme la Banque de la République du Burundi (BRB),les Forces Armées,la SOCABU( Société d’ Assurance au Burundi ), os caisses thérapeutiques ont été mises sur pied, pour le soutien aux séropositifs et aux Sidéens a été créé, ailleurs rien n’a été fait. De surcroît il n ‘existe pas encore de loi protégeant les malades du SIDA contre la discrimination ce qui précarise leur situation socio-professionnel car les risques d’abus sont par conséquent inévitables.

Autres titres
Vous êtes le 1578 visiteur de puis le 31 janvier 2005

Avenue de la Mission N° 29, Tél: + 257 22 86 36 / 21 16 23 - BP 177 Bujumbura - Burundi
Avenue des Euphorbes N° 4, Tél : + 257 24 56 39 / 24 56 40 - E-mail: Iteka@cbinf.com

© 2001-2004 Ligue-Iteka, Tous droits réservés | Pour toute question en rapport avec le site, contactez le Webmaster | Site conçu par Base International