SITUATION DES DROITS DE L’HOMME
Les nouvelles de la rubrique ”Situation des droits de l’homme”
sont produites grâce à l’aide financière de l’Union européenne. Leur contenu relève de la seule respon-sabilité de la Ligue ITEKA et ne peut être considéré comme reflétant la position de l’Union Européenne.
Un groupe de 4 malfaiteurs tuent 7 personnes à Shombo
en commune Muramvya
Un groupe de quatre malfaiteurs dont deux en uniformes militaires et armés de fusils ont attaqué deux cabarets sur la colline de Shombo en commune Muramvya, province Mu-ramvya vendredi 30 septembre 2005 vers 18 heures. Après l’attaque, ces malfaiteurs ont pris la direction de Ryarusera, vers Bujumbura Rural, d’où ils seraient venus.
Au cours de cette attaque, 7 personnes ont trouvé la mort, tandis qu’une autre personne, un enfant de l’un des propriétaires des boutiques attaquées, a été grièvement blessé.
Parmi les personnes tuées se trouvaient les propriétaires de ces deux boutiques, Remezo Venant et Ndayisaba Pascal, Directeur de l’école primaire de Shombo ; deux militaires, Kagisye Fidèle et Adelin ; Rucintango Jérémie, Kana Tharcisse, le chef de secteur, et l’enfant de Remezo Venant a été grièvement blessé et se trouve à l’hôpital de Muramvya.
Ces malfaiteurs ont volé de l’argent dans les deux boutiques, 300.000 Frs bu chez Venant et une somme dont le montant n’est pas connu chez Pascal. Ils ont aussi récupéré un fusil de l’un des militaires tués.
Trois personnes assassinées en commune Bwiza
Une personne non encore identifiée armée de fusil a mené une attaque contre une jeune femme qui habite à la 8ème avenue de la commune Bwiza en Mairie de Bujumbura dans la nuit du 2 au 3 Octobre 2005.
Au cours de cette attaque, trois personnes ont trouvé la mort. Il s’agit d’une jeune femme âgée de 23 ans, Uwizera Natacha, de son fils âgé de 4 ans, Willy et d’un Ougan-dais. Natacha était une femme publique et l’ougandais était ce jour là son client.
Le mobile de ce crime n’est pas encore connu mais les voisins de la victime soupçonnent déjà son ancien mari qui était en mauvais terme avec celle-ci depuis un certain temps.
Depuis deux mois, la police procède aux arrestations des éléments actifs du palipehutu -Fnl.
Depuis à peu près deux mois, la police burun-daise procède à des arrestations des combattants du mouvement armé, le Palipehutu - Fnl de Rwasa Agathon. A Bujumbura, beaucoup d’entre eux sont arrêtés par la police de la Documentation Nationale et puis certains sont transférés dans les cachots de la Police de la Sécurité Intérieure de Bujumbura à Kigobe, tandis que d’autres sont relâchés après interrogatoire.
Jeudi le 27 Octobre 2005, les autorités policières ont invité les médias et les défenseurs des droits de l’homme à la Police de Sécurité Intérieure pour faire le point sur ce dossier. Dans ces cachots de Kigobe, contrairement à ce que les autorités policières contactées sur place avaient dit aux médias, il y avait ce jour llà 98 détenus au lieu de 40. Certains d’entre eux (15 détenus) ont été présentés aux médias et ont répondu à leurs questions. Tous ces détenus sont originaires des provinces de Bujumbura Rural, de Bubanza et de la Mairie de Bujumbura.
L’âge des détenus montrés aux média variait entre 14 et 20 ans sauf un seul qui avait 53 ans. Certains d’entre eux se sont remis eux mêmes aux autorités, d’autres ont été arrêtés par la police à leur domicile ou capturés sur terrain. Ces 15 détenus reconnaissent avoir été des éléments du Fnl ou avoir joué l’un ou l’autre rôle dans le Fnl mais qu’ils avaient quitté le mouvement depuis longtemps. Un seul reconnaît qu’il était chargé du recrutement des combattants au moment de son arrestation.
La plupart des détenus venaient de passer plus de deux mois dans les cachots de la Documen-tation Nationale et des brigades avant d’être transférés à la PSI de Kigobe. Ils ont affirmé avoir été torturés dans les brigades et dans les cachots de la Documen-tation Nationale et des traces fraîches sur les corps de certains d’entre eux le prouvaient bien.
Selon la police, ces détenus sont considérés comme des prisonniers de guerre, raison pour laquelle on les retient longtemps pour réduire au maximum l’effectif des combattants du Fnl sur le terrain et pour les aider à identifier les autres éléments actifs de ce mouvement. “Ceux qui sont chargés de collecter des vivres et des cotisations, de chercher de nouveaux combattants sont aussi dangereux qu’ un combattant sur le terrain, raison pour laquelle ils sont aussi considérés comme combattants”, a confié la police aux journalistes.
La police affirme que la criminalité et le vol à main armée ont beaucoup baissé dans les quartiers de la mairie suite à ces arrestations.
Signalons que le Palipehutu-Fnl aurait l’intention d’intensifier le recrutement de nouveaux combattants comme l’indiquait un tract ramassé mardi le 25 Octobre 2005 à Samariro dans Buterere II, en mairie de Bujumbura. Le tract invitait les jeunes de rejoindre les éléments combattants du Fnl de leur gré, sinon ils seraient enrôlés de force.
Rafle des présumés rebelles du Palipehutu-Fnl en commune Rumonge
La police a appréhendé 4 personnes en commune de Rumonge samedi le 15 Octobre 2005. Ces personnes soupçonnées d’être de mèche avec les rebelles du Palipehutu Fnl sont notamment Kwizera Michel, Malck un chauffeur des camions de transport et 2 autres personnes trouvées chez ce dernier. Ils sont pour le moment détenus au camp militaire de Bururi. Ils n’ont pas droit aux visite.
Depuis deux mois, la police procède aux arrestations des éléments actifs du Palipehutu-Fnl.Ces arrestations in-terviennent au moment où les autorités policières et militaires indiquent que les rebelles du Palipehutu-Fnl sont en train d’opérer des recrutements et la collecte de cotisation dans certaines localités de la commune de Rumonge.
Précisons que 10 personnes accusées de collaborer avec les rebelles du Palipehutu-Fnl sont emprisonnées au camp militaire de Bururi.
La situation sécuritaire est devenue très préoccupante en province de Cibitoke.
La situation sécuritaire va de mal en pis depuis quelque temps dans certaines communes de la province de Cibitoke. Les communes les plus tou-chées sont spécialement celles de Buganda, Murwi et Bukinanyana où on signale la présence des combattants du Palipehutu-Fnl de Rwasa Agathon.
Dans la commune de Buganda, ces rebelles sont signalés dans les localités de Munguzi et Nimba et dans la commune de Murwi, ils sont dans le secteur de Vyerama-Mugarura, à Tenge et Gwuzu. Selon l’administrateur de la commune de Buganda, Niyonzima Gas-ton, ils ont même mis sur pied une administration parallèle dans sa commune.
Par ailleurs,des combattants du Fnl ont attaqué Lundi le 31 Octobre 2005 dans la zone de Ndava en commune de Bukinanyana. Au cours de cette attaque, plusieurs personnes ont été grièvement blessées tandis que quatre autres ont eu leurs têtes coupées. Un autre groupe de 7 rebelles du Fnl, armés de 4 fusils, ont tendu une embuscade ce même jour sur le pont de la Kaburantwa à Buhayira, secteur Butara de la même commune de Bukinanyana.
Un véhicule de marque Fuso est tombé dans cette embuscade. Il y avait 8 personnes à bord. Le chauffeur du véhicule, Sinzotuma Martin, a été grièvement blessé tandis qu’un autre passager, un Officier de la police Judiciaire de la brigade de Butara a été légèrement blessé. Ces rebelles ont pillé de l’argent et d’autres biens divers se trouvant dans le véhicule.
Les attaques ont repris le lendemain Mardi le 1er Novembre 2005 vers 16 heures dans la même zone de Ndava. Les militaires et la population les ont poursuivis jusque dans la Kibira. La population qui habite près de la Kibira a commencé à fuir vers les zones les mieux sécurisées comme à Ndora.
Il a été rapporté que beaucoup de combattants, les uns en provenance de Bubanza et les autres en provenance de l’Est de la République Démocratique du Congo, sont déjà dans la Kibira. Des combattants estimés à 200 personnes sont entrés dans la Kibira Samedi le 30 Octobre 2005 en provenance de la RDC. Il est rapporté que beaucoup d’entre eux sont des Rwandais.
Signalons que la police a déjà appréhendé trois personnes accusées de prêter main forte à ces rebelles. Ils s’agit de Ndayishimiye Innocent, chef du secteur Nyave, Zone Ndava en commune de Bukinanyana, de Nkunzu-mwami Emmanuel et Nzisabira William, tous de la commune Murwi. Ils sont détenus à la Brigade de Cibitoke.
Innocent est accusé de ne pas avoir dénoncé la présence des éléments du Fnl dans son secteur de contrôle de Nyave. Emmanuel est accusé d’avoir collecté dans la zone de Buhayira de l’argent et des vivres pour les combattants. William est accusé d’avoir assuré le transport des vivres pour le ravitaillement des combattants du Fnl.
Toutes ces personnes reconnaissent les accusations portées contre elles mais disent qu’elles l’ont fait sous la menace des hommes du Palipehutu-Fnl.
ACTIVITES DE LA LIGUE ITEKA
La ligue Iteka organise un atelier de réflexion
sur les enjeux de la peine de mort au Burundi
A l’occasion de la journée mondiale de lutte contre la peine de mort du 10 octobre 2005, la Ligue Iteka a organisé un atelier de réflexion sur les enjeux de la peine de mort au Burundi.
Plusieurs associations et hautes personnalités du pays étaient invitées à cet atelier qui s’est déroulé à l’Hôtel Novotel de Bujumbura. Presque tous les invités présents à cet atelier étaient unanimes pour l’abolition de la peine de mort prévue par le Code pénal burundais au terme de son article 27.
Au Burundi, plus de 500 prisonniers sont condamnés à mort. Les participants ont estimé que l’exécution de tous ces condamnés ne serait pas différente d’un massacre organisé. Le Burundi a ratifié presque tous les instruments internationaux qui protégent les droits humains. Il doit par conséquent harmoniser sa législation par rapport à tous ses engagements et abolir aussi la peine de mort.
Par ailleurs, la plupart des participants ont reconnu que la peine de mort n’a aucun intérêt ni vis-à-vis des victimes ni vis-à-vis de toute la société. Elle est supposée être une sorte d’intimidation pour donner des leçons mais malgré l’application de cette peine, les crimes de sang n’ont pas pour autant cessé.
Pour Pie Ntakaruti-mana, un des conférenciers, il faut prendre la voie qui va dans le sens d’humaniser la société burundaise. Nul ne peut être arbitrairement être privé de la vie. Le droit à la vie est inhérent à la personne humaine. Il est important cependant de trouver des mécanismes de substitution de la peine de mort.
A titre d’exemple, il faudrait soumettre le condamné à des travaux d’intérêt public pour l’amener à être économiquement productif. Il faudrait également réparer les dommages causés aux victimes des crimes. L’abolition de la peine de mort devrait être suivie par un débat élargi pour étudier à fond les mesures d’accompagnement efficaces qui concilient à la fois le respect des droits des victimes et des condamnés.
Enfin, les participants ont recommandé la mise sur pied d’une coalition des associations de la société civile en vue de réussir le pari de l’abolition de la peine de mort au Burundi.
La Ligue Iteka organise des ateliers d’échange sur la bonne gouvernance dans les provinces de Muramvya, Kayanza et Ngozi.
La ligue Iteka en collaboration avec ses sections provinciales de Kayanza, Muramvya et Ngozi a animé deux ateliers d’échange sur la bonne gouvernance respectivement du 10 au 15 et du 17 au 21 Octobre 2005 dans les trois provinces pilotes où la Ligue Iteka a implanté les Comités Locaux de Bonne Gouvernance (CLBG).
Ces descentes avaient une double mission : d’ abord c’était pour éva-luer les activités déjà réa-lisées par ces comités depuis le niveau des collines jusqu’ au niveau provincial et ensuite pour présenter aux nouvelles autorités administratives et aux chefs des services des différents secteurs, les représentants de ces Comités Locaux de Bonne Gouvernance et leur expliquer ce qu’ils font et comment ils le font.
Dans la semaine du 10 au 15 Octobre 2005, les échanges étaient organisés au niveau communal et dans la semaine suivante, c’était au niveau provincial. Les échanges étaient centrés sur les réalisations de ces Comités Locaux de Bonne Gouvernance, les difficultés rencontrées, les succès enregistrés et les leçons qu’on peut tirer des deux ans d’expérience.
Les échanges ont montré que certains problèmes sont communs dans toutes les communes des trois provinces tandis que d’autres sont particuliers à certaines d’entre elles. Mais, il a été constaté avec satisfaction que beaucoup de ces problèmes ont été résolus au fur et à mesure où sont en voix de l’être grâce à l’action de ces CLBG.
Il a été constaté que la corruption était généralisée dans les services de l’Etat Civil, dans les servi-ces de collecte des taxes, à la police et dans les instances judiciaires de toutes les communes. A l’Etat Civil, tous les services gratuits ou payants étaient monnayés ou surfacturés. A titre d’exemple, une Carte Nationale d’Identité qui est normalement payée à 500Frs est vendue entre 1000 Frs et 3000 Frs selon les communes et/ou les bénéficiaires. Ceux qui veulent se marier paient officiellement 2.000Frs mais dans certaines communes, ils paient 4.000Frs.
Certaines recommandations ont été formulées pour lutter contre la corruption et les malversations économiques qui sont devenues courantes dans presque tous les secteurs de la vie du pays. Les participants ont souhaité que les Eglises aident à cons-cientiser leurs chrétiens à lutter contre la corruption et que les partis politiques l’intègrent dans leurs programmes. Ils ont demandé à la justice et la police de réprimer la corruption comme on le fait pour d’autres crimes.
Beaucoup d’autres suggestions, critiques et avis qui pourraient aider à consolider la politique de bonne gouvernance, qui est une recommandation issue des négociations d’Arusha, ont été donnés par les participants.
Déclaration de la Ligue ITEKA :
Violence dans certaines localités du Burundi
1. Deux mois après l’aboutissement du processus électoral et l’avènement d’un nouveau régime issu des élections, la Ligue Burundaise des droits de l’homme Iteka est préoccupée par la recrudescence des graves violations des droits humains, y compris le droit à la vie, en plus d’autres défis importants auxquels le gouvernement doit faire face.
2. La Ligue Iteka constate que ces multiples violations des droits humains restent essentiellement liées à la poursuite des combats opposant l’armée gouvernementale et les combattants du dernier mouvement rebelle, le PALIPEHUTU - FNL d’Agathon Rwasa, qui, au lieu de rejoindre la table des négociations, tente plutôt d’étendre ses actions dans d’autres provinces situées en dehors de son fief traditionnel de Bujumbura rural et ses alentours.
3. La Ligue Iteka déplore que les parties au conflit armé s’adonnent mutuellement à des opérations de chasse à l’homme principalement dans les provinces de Bujumbura rural, Bubanza et la Mairie de Bujumbura en violation flagrante des principes élémentaires de droit humanitaire, de la loi répressive burundaise et des engagements pris par l’Etat du Burundi dans les instruments internationaux de protection des droits humains.
4. La Ligue Iteka a ainsi enregistré une vingtaine de personnes tuées dans la province de Bujumbura rural par le PALIPEHUTU-FNL depuis le mois de septembre 2005. Les victimes sont soit des responsables administratifs à la base, soit des personnes accusées de collaboration de près ou de loin avec les FDN et sont pour la plupart tuées à l’arme blanche ou au fusil et sont ensuite mutilées ou décapitées.
5. Quant aux violations commises par l’armée gouvernementale dans les mêmes provinces, la Ligue Iteka a recensé au moins 11 personnes tuées à l’arme à feu, soupçonnées de collaboration avec le PALIPEHUTU-FNL.
6. C’est toujours dans ce contexte de tension que la Ligue Iteka observe de nombreux cas d’arrestations et emprisonnements arbitraires - plus d’une cinquantaine environ - opérés par la Documentation nationale (Police présidentielle) dans certains quartiers du Nord et du Sud de la capitale et les victimes sont généralement de jeunes hommes sur lesquels pèsent des soupçons de collaboration avec le PALIPEHUTU - FNL.
7. Si l’ampleur des arrestations peut se justifier par l’état de guerre qui prévaut dans la province de Bujumbura rural et ses alentours, rien ne pourrait justifier les multiples violations de la loi en matière de procédure judiciaire commise par les différents corps de police en général et la Documentation nationale en particulier, dans l’arrestation des prévenus et dans le traitement de leurs dossiers. En outre, des informations parvenant à la Ligue Iteka font état de tortures de certains prévenus gardés dans des cachots où ils demeurent privés des visites familiales et de celles des membres des organisations de défense des droits de l’homme.
8. La Ligue Iteka rappelle que le Gouvernement a l’obligation d’assurer la protection de la population et que, malgré la tension qui prévaut dans la province de Bujumbura rural, il est tenu au respect de la loi et des droits de la personne tant que des mesures exceptionnelles, justifiées et reconnues publiquement ne sont pas encore mises sur pied.
9. C’est pour toutes ces raisons que la Ligue Iteka recommande :
Au Gouvernement du Burundi
o De tout mettre en œuvre pour assurer la sécurité des personnes et de leurs biens sur l’étendue de tout le territoire et plus particulièrement dans la province de Bujumbura -rural, dans le respect de la loi et des engagements pris par l’Etat du Burundi en ratifiant les instruments régionaux et internationaux de protection des droits de la personne humaine ;
o De poursuivre et de punir tout membre des forces de l’ordre qui serait accusé d’exécution extrajudiciaire ;
o De sanctionner conformément à la loi tout agent de police ou d’un autre service public qui se rend coupable de torture et de traitement inhumain et dégradant à l’endroit des prévenus ;
o De traiter dans la transparence et l’équité les dossiers de prévenus gardés dans les différents cachots de la police et en leur assurant le droit de visite.
o D’encadrer et d’assurer la formation des nouveaux corps de police.
Au PALIPEHUTU-FNL
o De renoncer à la violence comme mode de revendication politique et de rejoindre la table des négociations à l’instar d’autres mouvements rebelles qui ont rompu avec la guerre.
A la sous- région
o De continuer à soutenir le Burundi dans son processus de paix
o De renforcer la concertation régionale en matière de paix et de sécurité pour la stabilité de la sous- région.
A la communauté internationale
o De continuer à exercer la pression et l’influence sur le PALIPEHUTU - FNL pour l’amener à la table des négociations dans les meilleurs délais ;
o De mettre à contribution l’ONUB pour la protection des populations régulièrement menacées et tuées dans la province de Bujumbura rural et dans d’autres localités du pays.
Fait à Bujumbura, le 19 octobre 2005
Pour la Ligue ITEKA asbl
Jean-Marie Vianney Kavumbagu
Président.
REPORTAGE
Les enfants en difficulté dans les quartiers Nord de la capitale
Ils sont des enfants abandonnés, maltraités, négligés, abusés sexuellement, orphelins, donc traumatisés d’une façon ou d’une autre.
Quoiqu’un recensement n’ait pas été fait pour connaître l’effectif des enfants se trouvant en situation difficile, ils sont très nombreux selon des asso-ciations intervenant en la matière.
L’enfance en difficulté n’est pas une réalité propre uniquement au Burundi. De tout temps et à toutes les époques, les enfants ont connu des situations difficiles au cours de leur développement, situations créées surtout par l’adulte.
En effet, dans l’Antiquité, l’enfant était enlevé à sa mère dès l’âge de sept ans.Il devait subir une série de souffrances physiques et de frustrations pour " l’endurcir ", le préparer au métier de soldat surtout à Sparte. Ici et là, les enfants rivalisaient d’ardeur pour supporter la douleur devant l’autel sans se plaindre des coups de fouets à l’occasion des fêtes et certains en mouraient.
Depuis le Moyen-Age, l’exploitation des enfants et leur maltraitance sont monnaie courante. Les radios et les journaux ne cessent d’en faire écho à travers le monde.
Les parents issus des milieux pauvres utilisent leurs enfants pour solliciter de l’aumône auprès des passants ou les entraînent au vol. Certains vont même jusqu’à créer une infirmité visible chez l’un ou l’autre de leurs enfants plus fragiles pour attirer la pitié et partant les sous.
Même de nos jours, cette pratique est utilisée comme moyen de pression morale sur le public, en témoigne le nombre de femmes avec enfants qu’on trouve assises sur les allées du marché central de Bujumbura et sur les avenues de la capitale. Il est de toute évidence que ces enfants ne peuvent pas jouir du droit à l’éducation reconnu par la Déclaration universelle des droits de l’home ainsi que d’autres instruments tant nationaux qu’internationaux de respect des droits humains.
Les médias en particulier la T.V montrent des images d’une manière offensant la conscience humaine pour pouvoir inciter les gens à aider surtout les enfants. Dans certains endroits de la terre, des réseaux de prostitution juvénile se développent pour attirer un tourisme lucratif amplifiant de fait le proxénétisme.
Par ailleurs, l’on se souvient que les médias ont dernièrement fait mention de l’exploitation sexuelle des enfants à Bujumbura et à Gitega dont certains éléments expatriés de l’ONUB ont été tenus pour responsables.
Outre l’abus sexuel et autres formes de mauvais traitement dont certains enfants sont victimes, la pauvreté des parents les accule au travail abusif et à la mendicité. Ceux qui peuvent encore aller à l’école partagent la journée entre l’école le jour et le travail ou la mendicité le soir, en témoignent ces enfants qui passent de bar en bar pour vendre des arachides et autre ou pour quémander purement et simplement.
Cela s’observe dans les centres urbains du pays avec une grande ampleur à Bujumbura. La pauvreté entraîne la fragilité psychologique des parents stressés et frustrés par cet état. Ce qui se répercute sur la vie des enfants se croyant comme responsables d’une façon ou d’une autre de la situation. Un parent éprouvant de grandes difficultés existentielles peut se servir de son enfant comme bouc émissaire en le maltraitant ou le négligeant.
S’agissant de la maltraitance et la négligence de l’enfant, les psychologues relèvent les symptômes de la souffrance psychomorale de l’enfant, dont les plus fréquents sont les suivants :
L’enfant a une santé fra-gile ;
L’enfant se fait des reproches, se sent coupable de la mort des parents ou simplement d’avoir survécu ;
Difficulté de concentration, distraction, mauvais résultats scolaires ;
L’enfant est agressif, désobéissant et arrogant ;
L’enfant s’isole des autres et ne veut pas communiquer ;
L’enfant perd le contact avec la réalité ;
L’enfant est porté vers la bagarre, il s’adonne à l’alcool, à la drogue, à la prostitution, ...(une symptomatologie tirée de : aider un enfant traumatisé, Unicef-Burundi 1996.
Eu égard à cette symptomatologie de l’enfant traumatisé, les intervenants cherchant à aider les enfants en difficulté doivent les aborder avec un tact et étant suffisamment outillés pour une prise en charge psychosociale efficace.
Ainsi, c’est dans ce but qu’une enquête a été menée dans quelques associations d’appui aux enfants en difficulté pour s’enquérir de la situation.
En effet, deux organisations non gouvernementales œuvrent dans les quartiers nord de la ville de Bujumbura à savoir : FOPADE (Forum pour la paix et le développement) et AVISI (Association des volontaires du service international : ONG Italienne).
Les deux associations ont les mêmes objectifs malgré qu’elles ne soient pas en partenariat et la po-pulation cible est la même : zones Cibitoke, Kinama, Buterere, Kamenge et Ngagara.
Pour FOPADE, l’objectif est la réinsertion des enfants en difficulté et quant à AVISI, c’est l’éducation et le développement communautaire. Néanmoins quoique ces objectifs soient différents au niveau de la forme, les activités sont les mêmes : réinsertion des enfants vulnérables
FOPADE, intervient à travers son "Projet enfant du Nil "financé par l’ambassade de France au Burundi. Son centre sis à Mutakura en zone Cibitoke héberge 32 enfants dont il assure les soins élémentaires. Ce centre est fonctionnel depuis Janvier 2005. Pour cibler les bénéficiaires, ses agents ont passé de zone en zone et maison par maison afin d’identifier les familles vulnérables, très pauvres. Les enfants du centre sont, soit les enfants pauvres, soit des orphelins, soit des enfants ramassés autour du dépotoir des ordures ménagères de Buterere. En plus, ils sont de trois catégories :
Enfants ayant dépassé l’âge de scolarisation (15 ans) au nombre de 13.
Enfants pouvant être scolarisés moyennant une mise à niveau, au nombre de 4.
Enfants scolarisés au nombre de 15.
La première catégorie suit une formation professionnelle sur le tas, qui dans un salon de coiffure, qui dans un atelier de menuiserie ou de méca-nique et qui dans un restaurant avec des promesses d’embauche à la fin de la formation qui devra durer 6 à 8 mois, le temps qu’ils passent au centre avant le retour dans leurs familles respectives.
La deuxième catégorie a bénéficié des séances de mis à niveau et devait commencer l’école au mois de septembre 2005 avec le programme du CNR le TEP (Teaching Emer-gency Program).
Puisque les enfants ayant encore des parents devront être réinsérés, le projet a octroyé des micro crédits pour améliorer les conditions financières des familles afin que les enfants y retournent trouvant la si-tuation de vulnérabilité atténuée. Les agents du projet encadrent les familles bénéficiaires des crédits pour éviter tout gaspillage.
Les crédits varient entre 100.000 et 300.000 FBu selon le projet présenté. C’est dans une perspective d’amener les parents n’ayant pas entraîné leurs enfants dans la rue malgré leur pauvreté à accéder à une vie relativement décente, un droit que lui reconnaît la Déclaration universelle des droits de l’homme.
Au niveau de l’encadrement, il est organisé des séances d’écoute et conseils de groupe en vue d’harmoniser les comportements et attitudes qui au départ faisaient montre d’incompatibilité caractérielle entre différents enfants. De ce fait, trois adolescentes ont dû être renvoyées pour indiscipline inacceptable : dépassement de la durée de permissions de visites fami-liales et fréquentation ou-trancière des garçons.
Il est à souligner que le centre a une capacité d’accueil de 60 lits qui seront tous occupés avec l’aide du PAM qui devrait intervenir au mois de septembre 2005 selon les promes-ses. Les moyens disponibles pour le moment ne permettent que la prise en charge de 32 enfants qui retourneront dans leurs familles après 6 à 8 mois sauf les orphelins sans tuteur.
S’agissant des perspectives d’avenir, le projet entend faire fonctionner : une savonnerie, un salon de coiffure modèle et un atelier de couture moderne pour embaucher ses jeunes en formation afin que ces derniers puissent à leur tour former les autres. Donc des perspectives de natures à protéger les droits de l’homme en l’occurrence le droit à une vie décente et à un travail.
Pour les orphelins scolarisés, on attend le parrainage d’un Français par le biais du fondateur de l’association, un Français rentré dans son pays. Le projet est dans sa phase d’expérimentation.
Concernant l’AVISI, une ONG à plus de moyens par rapport à la précédente fait presque la même chose sauf qu’elle n’héberge pas des enfants.
En effet, elle s’occupe des enfants orphelins et ceux dont les parents sont pauvres. Au total environ 500 enfants sont assistés en soins de santé, frais et matériels scolaires. Ils ont tous des parrains italiens.
Pour améliorer les conditions de vie des parents ou tuteurs d’enfants concernés, l’association leur donne des micro-crédits pour ceux qui présentent des projets, des vivres et non vivres comme pagnes, savons et ustensiles de cuisine.
Hormis les 500 enfants assistés, le centre sis à Cibitoke, 18èmeavenue, est ouvert à tous les enfants vulnérables des zones nord de la capitale où ils bénéficient d’un encadrement en matière de lutte contre le Sida et les violences sexuelles et diverses activités éducatives et culturelles : deux équipes de tambourinaires et une équipe des jeunes filles danseuses (danse traditionnelle), bibliothèques, renforcement scolaire. En plus, une alimentation de supplémentation leur est distribuée de la nourriture les mercredi et les weekend.
La difficulté que rencontre l’association est qu’il y a beaucoup de demandes qu’elle ne peut pas satisfaire faute de moyens. En outre, les orphelins vivant dans des familles pauvres ne sont pas suffisamment encadrés d’où des cas d’exploitation sexuelle des filles.
L’association suit également les enfants scolarisés et participe même à la réhabilitation des écoles primaires de sa zone d’action en plus de l’aide qu’elle accorde aux associations s’occupant des orphelins. Il s’agit de : gardons l’assistance aux orphelins (GAO) de Kinama, Tugarukire ibibondo et AERO de Cibitoke et envisage de travailler avec l’association umuryango de Ngagara.
Précisons que l’association accueille des enfants ayant l’âge de 6 ans et plus de par son projet SAD (soutien à distance).
Quant aux perspectives d’avenir, l’association envisage de quitter la phase d’urgence pour entrer dans le développement communautaire. En plus, elle compte renforcer son projet de réhabilitation et d’extension des infrastructures scolaires et sanitaires dans sa zone d’action et dans les communes de Kayanza, Kabarore, Muruta et Matongo (Kayanza). Actuel-lement, elle assiste déjà 150 enfants en commune Kayanza.
Pour les enfants ayant dépassé l’âge scolaire, l’association compte continuer à les pourvoir en matériels de salon de coiffure, vélo servant de taxi et autre après leur alphabétisation et cela avec l’ultime objectif que tout enfant ait un métier à exercer.
En somme, de telles activités d’association étant de nature à promouvoir et à protéger les droits de l’homme en général et les droits de l’enfant en particulier sont à soutenir et encourager. Les besoins sont certes immenses mais des initiatives de cet ordre sont salutaires pour des populations meurtries par une guerre qui ne finit pas et menacées par la pandémie du Sida.
Ainsi des bienfaiteurs et autres donateurs sont interpellés pour emboîter le pas à ces associations déjà à l’œuvre pour soulager ou éradiquer la misère vécue par ces populations afin qu’elles puissent jouir pleinement de leurs droits en vue d’accomplir efficacement leurs devoirs en tant que citoyen burundais.
Jean-Bosco Nkurunziza.